David, sa vie, ses chants

 

 

Par Robert SOUZA

Souza

 

 

 

Beaucoup des textes qui composent le livre des Psaumes ont un en-tête qui fournit diverses indications : nom de l’auteur ou du destinataire de l’oeuvre, notes sur l’accompagnement musical souhaitable ou la mélodie, précisions sur les circonstances ayant inspiré la composition… L’importance et le crédit à accorder à ces suscriptions ont fait débat, peut-être parce qu’on peut penser que ces indications n’ont pas été rédigées par les auteurs, mais probablement par ceux qui ont rassemblé les psaumes en recueils par la suite.

 

 

Pourtant, l’ancienneté de ces titres est, aujourd’hui, largement reconnue. Nous les recevons comme partie intégrante du texte canonique de la Bible hébraïque. Et nous découvrons que les auteurs du Nouveau Testament s’y réfèrent comme à des textes de l’Écriture. Jésus lui-même construit son interprétation messianique du Psaume 110 sur l’attribution de celuici à David1.

 

Ici, nous nous intéressons en particulier aux psaumes qui revendiquent un rapport direct avec des incidents de la vie de David2. Nous possédons par ailleurs les récits de la vie du fils d’Isaï, consignés dans les livres de Samuel. Nous pouvons donc comparer l’Écriture avec l’Écriture, pour notre édification.

 

Pourtant, ceux qui ont eu la curiosité d’explorer les textes historiques qui décrivent le contexte qui a inspiré l’un ou l’autre des psaumes de ce groupe n’ont pas manqué d’être surpris ! À première vue, le rapport entre les circonstances et le cantique que le psalmiste a composé pour évoquer son expérience ne saute pas toujours aux yeux. Mais cela ne doit pas nous inciter à laisser tomber notre exploration. Il faut parfois creuser pour découvrir les trésors cachés de la Parole. David nous est proposé comme modèle, mais comme modèle très humain dont la piété est aux prises avec la réalité. Faire l’effort de rapprocher textes poétiques et contextes historiques sera le moyen de nourrir notre propre foi, surtout lorsque notre quotidien ne ressemble pas à un long fleuve tranquille.

 

Ces rapprochements se prêtent bien à une méditation en groupe, dans une réunion de quartier, par exemple.

Vous trouverez ci-dessous un exemple de canevas pour animer une telle discussion.

 

 

Un chant de foi qui jaillit d’une expérience pénible

 

Le récit : 1 Samuel 21.11-16

 

David met une cinquantaine de kilomètres entre Saül et lui, et se réfugie chez les Philistins. Une démarche osée : audacieuse ou… téméraire ? (Il se présente à Gath armé de l’épée de Goliath !)

 

Qu’espérait David ? Passer incognito ? (Où serait-il plus à l’abri de Saül qu’à la cour d’un de ses pires ennemis ?) Il découvre qu’il est déjà bien trop connu ! Démasqué, il feint la folie (furieuse ?) et s’échappe.

 

Les serviteurs d’Akish appellent David le roi du pays, reconnaissant apparemment son potentiel avant qu’il ait officiellement le statut (il a effectivement agi comme un roi face à Goliath, combattant comme le champion d’Israël).

 

C’est le moment de sa vie où David a été le plus seul. C’est le creux de la vague. À vues humaines, seuls sa présence d’esprit pour simuler la folie et ses talents d’acteur l’ont sauvé d’un très mauvais pas. Compte tenu de sa frayeur (v.13) et de sa solitude, le psaume que David a écrit après cet épisode a de quoi nous étonner !

 

Le chant : Psaume 34

 

Un psaume lumineux qui naît d’un épisode sombre.

    • Que dit ce psaume de la peur de David ? (v.5-6)

    • Que dit ce psaume de la solitude de David ? (v.7, 9, 19) On remarquera qu’il a trouvé des compagnons : 1 S 22.

    • Qu’est-ce qui peut nous instruire ici ?

    • Qu’est-ce qui interpelle notre foi ?

 

v.2-4 : Quoi qu’il arrive, on peut trouver des raisons pour bénir le Seigneur et le louer. (Réjouissez-vous toujours ; priez sans cesse ; rendez grâces en toutes circonstances – 1 Th 5.16s.)

 

v.5-6 : Comment Dieu nous délivre-t-il de nos frayeurs ? Avant même de nous permettre de nous extraire de la situation qui génère la peur, il change notre attitude de coeur : c’est lui qui a permis à David de retrouver assez de présence d’esprit pour imaginer le moyen d’en sortir (v.6, radieux ou rayonnant : voir 2 Co 3.18).

 

v.7-11 : Délivrance concrète, protection et provision. (v.9 : 1 P 2.3)

 

v.12-15 : Transmission, « apprenez de mon expérience ». Le bien dont on jouit est inséparable du bien qu’on pratique : le bonheur et l’enrichissement du coeur se trouvent à l’intérieur des limites fixées par la volonté de Dieu et non en dehors (contrairement à ce qu’a laissé entendre le tentateur en Éden), cf. 1 P 3.10-12, qui cite ces versets.

 

v.16-19 : Notre bonheur découle de l’attention que le Seigneur nous prête, de sa grâce active.

 

v.20-23 : Des promesses qui seront pleinement honorées au-delà de cette vie. Paradoxe : cf. Luc 21.16-18. Le v.19 a admis que l’homme pieux peut connaître une souffrance extrême, mais le Seigneur reste proche malgré tout.

 

v.20 : Gath était peut-être un mauvais plan, mais le Seigneur a délivré David.

 

v.21 : David affirme que Dieu garde la maîtrise de tout ce qui lui arrive. (Jn 19.36, accomplissement au pied de la lettre pour le seul vrai juste.)

 

v.23 : L’Évangile en germe ! L’Éternel rachète l’âme3 : nous connaissons le prix payé pour que nous, qui ne pouvions pas payer, ne soyons pas condamnés4.

 


NOTES

 

1. Mc 12.35s ; voir aussi Ac 2.29s, 34s.

 

2. Ps 3 (2 S 15.1-29), 18 (2 S 22), 34 et 56 (1 S 21.11-16), 51 (2 S 11 et 12.1-14), 52 (1 S 21.1-10 ; 22.6-23), 54 (1 S 23.19-28), 57 (1 S 24), 59 (1 S 19.8-17), 60 (2 S 8.3-13 ; 10.6-19), 63 (1 S 23.14), 142 (1 S 22.1-5 ; 23.14-18)

 

3. Segond 21

 

4. Rm 8.1