{"id":4115,"date":"1994-07-21T12:42:46","date_gmt":"1994-07-21T12:42:46","guid":{"rendered":"\/?p=4115"},"modified":"2016-05-04T07:31:03","modified_gmt":"2016-05-04T07:31:03","slug":"lettre-a-leglise-de-pergame","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.servir.caef.net\/?p=4115","title":{"rendered":"Lettre \u00e0 l&rsquo;Eglise de Pergame"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\">Lettre \u00e0 l&rsquo;Eglise de Pergame\u00a0<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00a0<a href=\"\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/the-bible.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7317 aligncenter\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/the-bible.jpg\" alt=\"the-bible\" width=\"432\" height=\"239\" srcset=\"https:\/\/www.servir.caef.net\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/the-bible.jpg 617w, https:\/\/www.servir.caef.net\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/the-bible-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 432px) 100vw, 432px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>par <span style=\"color: #b22222;\"><span style=\"font-size: 16px;\">Alfred KUEN <\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<h2>La ville<\/h2>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">A quelque 70 km de Smyrne, toujours sur la grande route du sud au nord, se trouvait Pergame, \u00e0 une vingtaine de km de la c\u00f4te \u00e0 laquelle la ville \u00e9tait reli\u00e9e par la rivi\u00e8re Ca\u00efcus. Accroch\u00e9e sur les flancs de l&rsquo;Hermos, son site s&rsquo;\u00e9tage sur quelque 300 m au-dessus de la plaine domin\u00e9e par une acropole imposante. \u00ab\u00a0La connaissance que Christ a des \u00e9glises va au-del\u00e0 de leurs \u0153uvres (comme \u00e0 Eph\u00e8se) et de leurs tribulations (comme \u00e0 Smyrne) et s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 l&rsquo;environnement dans lequel elles vivent. <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>&lsquo;Je sais o\u00f9 tu habites&rsquo;<\/em><\/span>, dit-il. Il savait que les siens \u00e9taient entour\u00e9s d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 non-chr\u00e9tienne et expos\u00e9s de tous c\u00f4t\u00e9s \u00e0 la pression des mod\u00e8les et des valeurs du monde\u00a0\u00bb<strong><sub>1<\/sub><\/strong>. Mieux nous conna\u00eetrons cet environnement, mieux nous comprendrons ces chr\u00e9tiens et les lettres que le Christ leur adresse.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><!--more--><br \/> \u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a href=\"\/wp-content\/uploads\/1994\/pdf1994\/1994_04_07_lettreeglisedepergame.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"iconePDF\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/iconePDF.jpg\" alt=\"\" width=\"81\" height=\"76\" align=\"right\" hspace=\"8\" vspace=\"8\" \/><\/a>Au 1er si\u00e8cle, Pergame semble encore avoir \u00e9t\u00e9 la capitale politique de l&rsquo;Asie, si\u00e8ge du proconsul romain et du tribunal supr\u00eame, mais se voyait disputer cette supr\u00e9matie par Eph\u00e8se. (Selon Ramsay, le transfert officiel du gouvernement s&rsquo;est fait sous Hadrien en 129.) Sa population de l&rsquo;\u00e9poque est estim\u00e9e entre 150 000 et 200 000 habitants. Elle s&rsquo;enorgueillissait de sa vie artistique, litt\u00e9raire et scientifique. Sa richesse provenait en partie du tr\u00e9sor de guerre de Lysimaque, l&rsquo;un des g\u00e9n\u00e9raux d&rsquo;Alexandre, confi\u00e9 \u00e0 la ville et accapar\u00e9 par elle. Ses rois avaient cr\u00e9\u00e9 une \u00e9cole de sculpture, des ateliers pour travailler l&rsquo;ivoire et les pierres pr\u00e9cieuses, pour fabriquer des parfums et des parchemins. Le mot parchemin lui-m\u00eame est une francisation de <em>ne Pergamene charta<\/em> (une feuille de Pergame, en allemand : <em>ein Pergament<\/em>).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La l\u00e9gende pr\u00e9tend que le roi Eum\u00e8ne de Pergame voulait attirer dans sa ville le biblioth\u00e9caire d&rsquo;Alexandrie. Le pharaon Ptol\u00e9m\u00e9e l&rsquo;ayant appris interdit l&rsquo;exportation du papyrus \u00e0 Pergame. C&rsquo;est ce qui amena Eum\u00e8ne \u00e0 chercher un produit de remplacement : il le trouva dans les peaux de mouton trait\u00e9es et blanchies. L&rsquo;industrie qui en naquit fut l&rsquo;une des sources de richesse de la ville. La biblioth\u00e8que municipale en fut le premier client pour confectionner les 200 000 volumes qu&rsquo;elle abritait (qui furent offerts par Antoine \u00e0 Cl\u00e9op\u00e2tre et prirent le chemin de l&rsquo;Egypte). La ville \u00e9difia aussi un temple \u00e0 Ath\u00e9na, la d\u00e9esse de la po\u00e9sie. Ses habitants avaient le choix entre cinq th\u00e9\u00e2tres. L&rsquo;un d&rsquo;eux, construit vers 170 av. J.-C., avait 80 rang\u00e9es de si\u00e8ges \u00e9tag\u00e9es sur 5 m\u00e8tres de hauteur et pouvait contenir 60 000 spectateurs.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<h2>Temples et cultes pa\u00efens<\/h2>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La vie religieuse \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 Pergame, \u00ab\u00a0en partie parce que la religion devint l&rsquo;un des principaux instruments de la politique\u00a0\u00bb<strong><sub>2<\/sub><\/strong>. On y trouvait des temples d\u00e9di\u00e9s aux principales divinit\u00e9s grecques et \u00e0 l&#8217;empereur romain.\u00a0\u00bb Ces divers cultes \u00e9taient alli\u00e9s et plus ou moins fondus entre eux, et s&rsquo;arrangeaient fort bien avec celui des C\u00e9sars. Le pr\u00eatre de Zeus-Soter \u00e9tait aussi pr\u00eatre du divin Auguste. Dionysos-taureau fraternisait avec Aski\u00e9pios-serpent ; les myst\u00e8res phrygiens d\u00e9claraient que &lsquo;le taureau est p\u00e8re du serpent, et le serpent, p\u00e8re du taureau&rsquo;\u00a0\u00bb<strong><sub>3<\/sub><\/strong>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au-dessus de tous ces temples tr\u00f4nait celui de Zeus-Soter, visible du fond de la vall\u00e9e, avec son autel de 12 m de haut, class\u00e9 parmi les sept merveilles de l&rsquo;Antiquit\u00e9. La base de l&rsquo;autel mesurait 37m sur 34, elle \u00e9tait entour\u00e9e d&rsquo;une frise repr\u00e9sentant la lutte de Zeus et d&rsquo;Ath\u00e9na contre les g\u00e9ants. (Cet autel a \u00e9t\u00e9 reconstruit \u00e0 Berlin dans le mus\u00e9e Pergamentum.)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans la ville se trouvait le temple d&rsquo;Ascl\u00e9pios (l&rsquo;Esculape des latins) qui \u00e9tait en m\u00eame temps un centre m\u00e9dical avec une source curative s&rsquo;\u00e9panchant dans un bassin de marbre. Ce centre \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 dans le monde antique depuis le 4e si\u00e8cle av. J.-C. On soignait les malades par des bains d&rsquo;eau et de soleil, par la musique, la suggestion, la pri\u00e8re et l&rsquo;interpr\u00e9tation des r\u00eaves. L&rsquo;auteur catholique Dallmayr \u00e9crit : \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas un blasph\u00e8me que de penser \u00e0 Lourdes&#8230; La source, les bains, le sanctuaire qui les domine, les nombreux miracles attest\u00e9s &#8211; tout cela constitue bien des parall\u00e8les\u00a0\u00bb<strong><sub>4<\/sub><\/strong>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le symbole d&rsquo;Esculape, le serpent (qui est rest\u00e9 celui de toutes les branches m\u00e9dicales et param\u00e9dicales) figurait sur les pi\u00e8ces de monnaie de la ville. Le serpent \u00e9tant sens\u00e9 incarner le dieu Ascl\u00e9pios. Les malades \u00e9taient couch\u00e9s la nuit dans le temple o\u00f9 l&rsquo;on \u00e9levait des serpents inoffensifs qui \u00e9taient l\u00e2ch\u00e9s la nuit et se r\u00e9pandaient parmi les malades. Leur toucher \u00e9tait interpr\u00e9t\u00e9 comme l&rsquo;attouchement d&rsquo;Ascl\u00e9pios en vue de la gu\u00e9rison.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le culte d&rsquo;Ascl\u00e9pios comprenait aussi certains aspects mystiques. Dans un <em>Hymne \u00e0 Askl\u00e9pios<\/em>, Aelius Aristide \u00ab\u00a0dit avoir re\u00e7u d&rsquo;Esculape, dans une incubation, le nom nouveau de Th\u00e9odoros\u00a0\u00bb<strong><sub>5<\/sub><\/strong>. L&rsquo;incubation \u00e9tait un \u00ab\u00a0rite divinatoire qui consistait le plus souvent \u00e0 dormir dans ou pr\u00e8s d&rsquo;un temple pour obtenir par un songe les prescriptions d&rsquo;un dieu gu\u00e9risseur\u00a0\u00bb (Larousse). Tacite (Ann. III 63) et Pausanias (III, XXVI, 8) nous disent que les malades qui accouraient de loin \u00e0 l&rsquo;Ascl\u00e9p\u00e9ion attendaient que le dieu leur dicte en songe des prescriptions infaillibles.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Rite divinatoire, prescriptions donn\u00e9es par un dieu, nom nouveau : tout cela fait penser \u00e0 une parodie occulte du christianisme par celui que l&rsquo;on a appel\u00e9 \u00ab\u00a0le singe de Dieu\u00a0\u00bb, Satan. Serait-ce \u00e0 cause d&rsquo;Ascl\u00e9pios, appel\u00e9 \u00ab\u00a0le dieu de Pergame\u00a0\u00bb que le Christ dit que l\u00e0 <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>\u00ab\u00a0Satan \u00e0 son tr\u00f4ne\u00a0\u00bb<\/em><\/span> ? C&rsquo;est l&rsquo;une des solutions propos\u00e9es. Car, dans la Bible, le serpent symbolise Satan<strong><sub>6<\/sub> <\/strong>(<span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>Gn 3.1ss ; Ap 12.9 ; 22.2<\/em><\/span>).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D&rsquo;autres proposent comme tr\u00f4ne de Satan l&rsquo;autel gigantesque de Zeus-Soter qui dominait la ville. Or, pour les chr\u00e9tiens, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul <em>Soter<\/em> (Sauveur), c&rsquo;est J\u00e9sus-Christ. Toute divinit\u00e9 qui usurpe la place du Sauveur est une cr\u00e9ation du diable.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;abb\u00e9 Fillion pensait que \u00ab\u00a0l&rsquo;interpr\u00e9tation la plus naturelle\u00a0\u00bb de cette appellation \u00e9tait l&rsquo;idol\u00e2trie g\u00e9n\u00e9rale dont Pergame \u00e9tait le centre depuis le 3e si\u00e8cle av. J.-C.. On a retrouv\u00e9 les ruines d&rsquo;une vingtaine de temples divers, d\u00e9di\u00e9s \u00e0 Bacchus, V\u00e9nus, Ath\u00e9na, etc. \u00ab\u00a0Par ce culte et par les orgies qui s&rsquo;y associaient, Pergame \u00e9tait vraiment devenue le tr\u00f4ne de Satan\u00a0\u00bb. Mais Barclay nous dit qu&rsquo;\u00e0 la fin du 1er si\u00e8cle, les dieux grecs avaient tellement perdu leur cr\u00e9dit aupr\u00e8s des foules que cela ne valait gu\u00e8re la peine de les attaquer. \u00ab\u00a0Les histoires de guerres et de batailles, d&rsquo;amours, de jalousies et d&rsquo;adult\u00e8res des dieux et des d\u00e9esses de l&rsquo;Olympe les avaient compl\u00e8tement discr\u00e9dit\u00e9s. Ce n&rsquo;\u00e9taient pas les hommes qui \u00e9taient si d\u00e9prav\u00e9s qu&rsquo;ils ont abandonn\u00e9 leurs dieux : c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t les dieux qui \u00e9taient devenus si d\u00e9prav\u00e9s qu&rsquo;ils furent abandonn\u00e9s par les hommes\u00a0\u00bb<strong><sub>7<\/sub><\/strong>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<h2>Culte imp\u00e9rial<\/h2>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais un nouveau culte \u00e9tait sur le point d&rsquo;absorber et de coiffer tous les autres : celui de l&#8217;empereur. Pergame, capitale administrative de la province, se devait de donner l&rsquo;exemple en la mati\u00e8re. D\u00e9j\u00e0 les anciens rois de Pergame avaient revendiqu\u00e9 des honneurs divins. Eum\u00e8ne II s&rsquo;\u00e9tait fait appeler <em>Soter<\/em> et <em>Theos<\/em>. Sa m\u00e8re \u00e9tait d\u00e9crite comme \u00ab\u00a0la femme d&rsquo;un dieu\u00a0\u00bb. Il fit agrandir un temple \u00e9difi\u00e9 par Attalus 1er dans lequel le roi r\u00e9gnant avait des pr\u00eatres et des pr\u00eatresses pour c\u00e9l\u00e9brer son culte. Pergame fut aussi la premi\u00e8re ville d&rsquo;Asie \u00e0 instituer le culte de l&#8217;empereur. D\u00e8s l&rsquo;an 29 av. J.-C. (trois ans avant Smyrne), Pergame re\u00e7ut l&rsquo;autorisation d&rsquo;\u00e9difier un temple \u00e0 Auguste. C&rsquo;\u00e9tait le premier sanctuaire provincial de tout l&#8217;empire en l&rsquo;honneur d&rsquo;un empereur vivant. Pergame devint donc \u00ab\u00a0le centre du culte imp\u00e9rial\u00a0\u00bb (R.H. Charles).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">A l&rsquo;\u00e9poque de Jean, trois temples \u00e9taient consacr\u00e9s au culte imp\u00e9rial et, comme nous l&rsquo;avons vu, le grand pr\u00eatre de Zeus \u00e9tait aussi grand-pr\u00eatre du culte de l&#8217;empereur. \u00ab\u00a0Pergame \u00e9tait une ville o\u00f9 le culte de C\u00e9sar \u00e9tait le plus intense, une ville d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 la glorification du culte de C\u00e9sar<strong><sub>8<\/sub><\/strong>. Un chr\u00e9tien y avait d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9 de sa vie sa loyaut\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus-Christ : Antipas (<span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>v. 13<\/em><\/span>). Il fut un \u00ab\u00a0t\u00e9moin fid\u00e8le\u00a0\u00bb jusqu&rsquo;\u00e0 la mort, comme le Christ lui-m\u00eame <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>(1.5; 3.14)<\/em><\/span>. \u00ab\u00a0II n&rsquo;est pas difficile de reconstruire la sc\u00e8ne de la mort Barclay, dit J. Stott. Connu comme chr\u00e9tien, il fut convoqu\u00e9 devant le proconsul de la province dont la r\u00e9sidence se trouvait probablement \u00e0 Pergame\u00a0\u00bb&#8230; Devant un buste de l&#8217;empereur il suffisait \u00e0 Barclay de jeter quelques grains d&rsquo;encens sur le feu et de dire \u00ab\u00a0C\u00e9sar est Seigneur\u00a0\u00bb et il \u00e9tait libre. Mais \u00ab\u00a0il ne pouvait donner \u00e0 C\u00e9sar le titre qui appartenait \u00e0 Christ et Barclay rejoignit &lsquo;la noble arm\u00e9e des martyrs&rsquo;\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D\u00e9j\u00e0 sous l&#8217;empereur Auguste, des titres divins lui furent attribu\u00e9s \u00e0 Pergame. On y a retrouv\u00e9 une inscription disant : \u00ab\u00a0L&#8217;empereur Auguste, fils de Dieu, Seigneur qui veille sur toute la terre et la mer\u00a0\u00bb<strong><sub>9<\/sub><\/strong>. Sous N\u00e9ron, la pratique du culte imp\u00e9rial devint r\u00e9guli\u00e8re : il fut d\u00e9sign\u00e9 comme le Sauveur de la terre (<em>no soter t\u00e8s oikoumen\u00e8s<\/em>), le Seigneur du monde entier (<em>no tu pantos kosmou kurios<\/em>). Domitien demandait que l&rsquo;on s&rsquo;adresse \u00e0 lui comme <em>dominus<\/em> et <em>deus<\/em> (Seigneur et dieu), un titre qui correspond \u00e0 la confession de Thomas en face du Christ ressuscit\u00e9 <em>(Jn 20.28)<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Un certain nombre de termes techniques du culte imp\u00e9rial sont tr\u00e8s parall\u00e8les \u00e0 des expressions utilis\u00e9es dans l&rsquo;Apocalypse dans un sens chr\u00e9tien, et certaines des preuves les plus \u00e9videntes de ce culte proviennent de ces m\u00eames villes de l&rsquo;Asie\u00a0\u00bb<strong><sub>10<\/sub><\/strong>. Ainsi l&rsquo;expression <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>\u00ab\u00a0Parole de Dieu\u00a0\u00bb (Ap 1.2)<\/em><\/span> \u00e9tait utilis\u00e9e dans les cultes pa\u00efens seulement \u00e0 Pergame, Smyrne et Eph\u00e8se. Le \u00ab\u00a0jour du Seigneur\u00a0\u00bb correspond au \u00ab\u00a0jour d&rsquo;Auguste\u00a0\u00bb : une inscription se rapportant \u00e0 l&#8217;empereur Hadrien \u00e0 Pergame. Les mots salut et Seigneur reviennent souvent dans l&rsquo;<span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>Apocalypse (7,10 ; 12.10 ; 19.1, 18 ; 4.8, 11&#8230;)<\/em><\/span> sans doute en contraste avec l&#8217;emploi de ces termes dans la liturgie du culte imp\u00e9rial.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Nous concluons donc que l&rsquo;expression &lsquo;tr\u00f4ne de Satan&rsquo; se r\u00e9f\u00e8re en premier lieu au culte imp\u00e9rial tel qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 \u00e0 partir de Pergame \u00e0 une \u00e9poque de confrontation critique pour l&rsquo;Eglise&#8230; Les revendications des C\u00e9sars sont vues par Jean comme une parodie satanique de ceux du Christ\u00a0\u00bb<strong><sub>11<\/sub>.<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au <em>jus gladii<\/em> (le glaive de la justice) de C\u00e9sar s&rsquo;oppose <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>\u00ab\u00a0celui qui tient l&rsquo;\u00e9p\u00e9e aiguis\u00e9e \u00e0 double tranchant\u00a0\u00bb (v. 12)<\/em><\/span>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<h2>Secte des Nicola\u00eftes<\/h2>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous retrouvons aussi \u00e0 Pergame, comme \u00e0 Eph\u00e8se, les Nicola\u00eftes. Ici le contexte est plus explicite et nous permet mieux d&rsquo;identifier leurs travers. Les reproches qui leur sont faits ici <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>(v. 14)<\/em><\/span> sont les m\u00eames que ceux qui frappent les disciples de la J\u00e9zabel de Thyatire (2.20ss). Il semble s&rsquo;agir plut\u00f4t d&rsquo;\u00e9garements de conduite que d&rsquo;erreurs doctrinales (contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;en dira Ir\u00e9n\u00e9e : <em>Adv. haer<\/em>. 1.26.3).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La \u00ab\u00a0doctrine de Barclay\u00a0\u00bb consistait \u00e0 s\u00e9duire les Isra\u00e9lites par les filles madianites <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>(Nb 25,1-2 ; 31.16)<\/em><\/span>. La tradition du juda\u00efsme tardif voyait en lui le corrupteur par excellence d&rsquo;Isra\u00ebl. \u00ab\u00a0Le christianisme des origines a repris cette appr\u00e9ciation <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>(2 Pi 2.15 ; Jd 11 ; Ap 2.14)<\/em><\/span>. Barclay est le mod\u00e8le v\u00e9t\u00e9ro-testamentaire des gnostiques libertins, qui d\u00e9composent l&rsquo;Eglise par leur h\u00e9r\u00e9sie\u00a0\u00bb<strong><sub>12<\/sub><\/strong>. Dans <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>Ac 15.20 et 29<\/em><\/span>, l&rsquo;abstention des viandes sacrifi\u00e9es aux idoles et de la d\u00e9bauche sont deux imp\u00e9ratifs impos\u00e9s aux chr\u00e9tiens. A Thyatire, J\u00e9zabel enseigne qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas besoin de se laisser imposer ces restrictions. Les Nicola\u00eftes \u00e9taient donc un mouvement antinomien (comme \u00e0 Corinthe) qui avait pris pied au moins dans ces trois villes d&rsquo;Asie : Eph\u00e8se, Pergame et Thyatire, en d\u00e9formant la doctrine paulinienne de la libert\u00e9 chr\u00e9tienne. Dans une ville o\u00f9 le paganisme \u00e9tait si puissant et si omnipr\u00e9sent, il pouvait \u00eatre s\u00e9duisant pour des chr\u00e9tiens d&rsquo;entendre que, puisque les dieux n&rsquo;\u00e9taient rien, on pouvait tranquillement participer aux festins qui suivaient les sacrifices aux idoles et maintenir ainsi de bonnes relations avec ses voisins, puisque le corps \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 p\u00e9rir, la d\u00e9bauche n&rsquo;affectait pas notre \u00e2me. A ceux qui r\u00e9sistaient \u00e0 cette s\u00e9duction, le Christ ressuscit\u00e9 offre \u00e0 la place des viandes sacrifi\u00e9es aux idoles, la manne cach\u00e9e (<span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>v. 17 ; cp. 2, 7<\/em><\/span> o\u00f9 les Nicola\u00eftes sont \u00e9galement mentionn\u00e9s).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<h2>Promesses symboliques<\/h2>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>Ex 16.32-34<\/em><\/span>, le Seigneur demande de pr\u00e9server un sp\u00e9cimen de la manne dans le coffre sacr\u00e9 pour les g\u00e9n\u00e9rations futures. Selon 2 Maccab\u00e9es 2.4-7, J\u00e9r\u00e9mie aurait cach\u00e9 cette manne sous terre lors de la destruction du temple de Salomon. Elle devait rester cach\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 la venue du Messie. Dans le bas-juda\u00efsme, on enseignait que la manne cach\u00e9e par J\u00e9r\u00e9mie est r\u00e9serv\u00e9e au ciel pour les \u00e9lus qui en jouiront pendant l&rsquo;\u00e8re messianique. Mais puisque, pour les chr\u00e9tiens, l&rsquo;\u00e8re messianique a commenc\u00e9, les chr\u00e9tiens ont d\u00e9j\u00e0 part \u00e0 cette manne cach\u00e9e. \u00ab\u00a0D\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, les chr\u00e9tiens de Pergame re\u00e7oivent cette manne r\u00e9serv\u00e9e pour les temps de la fin\u00a0\u00bb (lorsqu&rsquo;ils participent au repas du Seigneur)<strong><sub>13<\/sub><\/strong>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le vainqueur recevra aussi une pierre blanche sur laquelle est grav\u00e9e un nom nouveau. Les ex\u00e9g\u00e8tes font allusion \u00e0 beaucoup de coutumes antiques qui pourraient \u00eatre \u00e0 l&rsquo;origine de cette image :<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">pierre d&rsquo;acquittement au tribunal, contremarque des invit\u00e9s \u00e0 un festin, dipl\u00f4me d&rsquo;un jeu athl\u00e9tique avec le nom du vainqueur grav\u00e9 dans la pierre, pierre qui dispense le gladiateur du jeu du cirque, amulette porte-bonheur, gage pour obtenir de l&rsquo;argent ou du bl\u00e9, billet d&rsquo;entr\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Pergame, pierre pr\u00e9cieuse gard\u00e9e au ciel avec la manne, allusion \u00e0 un rite d&rsquo;initiation dans le culte d&rsquo;Ascl\u00e9pios&#8230; \u00ab\u00a0Tous ces usages sont attest\u00e9s et permettent une transposition facile dans les registres du symbolisme chr\u00e9tien. Facile, mais purement hypoth\u00e9tique\u00a0\u00bb<strong><sub>14<\/sub><\/strong>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais \u00ab\u00a0l&rsquo;important est le nom qui y est grav\u00e9\u00a0\u00bb<strong><sub>15<\/sub><\/strong>. Or, <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>Es 65.15<\/em><\/span> se lit dans la Septante : <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>\u00ab\u00a0A mes serviteurs sera donn\u00e9 un nom nouveau\u00a0\u00bb<\/em><\/span> et <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>Ap 3.12<\/em><\/span> dit: <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>\u00ab\u00a0J&rsquo;\u00e9crirai sur lui mon nom nouveau\u00a0\u00bb<\/em><\/span>. Quand on sait que, dans la Bible, le nom repr\u00e9sente la personnalit\u00e9, la signification de la promesse devient claire : c&rsquo;est le caract\u00e8re du Christ qui est grav\u00e9 dans la vie du chr\u00e9tien (cf.<span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>2 Cor 5.17<\/em><\/span>).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">A.K..<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<hr \/>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0NOTES<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>1.<\/strong> J. Stott, <em>What Christ thinks of the Church<\/em> (Word Publ. Milton Keynes, 1990), p. 41-42.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>2.<\/strong> C.J. Hemer, <em>Letters to the Seven Churches in Asia<\/em> (JSOT Press Sheffiels, 1986), p. 81.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>3.<\/strong> E.B. Allo, <em>St Jean, L&rsquo;Apocalypse<\/em> (Paris, 1933), p. 41.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>4.<\/strong> Die sieben Leuchter, K\u00f4ln, 1962, p. 154, cit\u00e9 par Br\u00fbtsch, Clart\u00e9 de l&rsquo;Apocalypse (Labor et Fides, Gen\u00e8ve), p. 63.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>5.<\/strong> E.B. Allo, op. cit., p. 42.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>6.<\/strong> Dict. de la Bible, tome V (Paris, 1926), col. 138.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>7.<\/strong> W. Barclay, <em>Letters to the Seven Churches<\/em> (SCM London, 1964), p. 51.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>8.<\/strong> W. Barclay, op. cit., p. 52.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>9.<\/strong> Hemer, op. <em>cit<\/em>., p. 239.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>10.<\/strong> Hemer, op. <em>cit<\/em>., p. 87.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>11.<\/strong> Hemer, op. <em>cit<\/em>., p. 87.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>12.<\/strong> Kuhn, Theologishes Worterbuch des Neuen Testa-mert(Kittel), p. 522.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>13.<\/strong> R Prigent, <em>L &lsquo;Apocalypse de Saint-Jean<\/em> (Data, Lausanne-Paris, 1981), p. 53.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>14.<\/strong> R Prigent, op. <em>cit<\/em>., p. 53. Voir la discussion de certaines de ces hypoth\u00e8ses dans Hermer, op. cit., p.96-102.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>15.<\/strong> Allo, op. <em>cit<\/em>., p. 40.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lettre \u00e0 l&rsquo;Eglise de Pergame\u00a0 &nbsp; \u00a0 par Alfred KUEN \u00a0 \u00a0 La ville \u00a0 &nbsp; A quelque 70 km de Smyrne, toujours sur la grande route du sud au nord, se trouvait Pergame, \u00e0 une vingtaine de km de la c\u00f4te \u00e0 laquelle la ville \u00e9tait reli\u00e9e par la rivi\u00e8re Ca\u00efcus. 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