{"id":6605,"date":"1995-01-23T13:22:01","date_gmt":"1995-01-23T13:22:01","guid":{"rendered":"\/?p=6605"},"modified":"2016-05-07T10:42:01","modified_gmt":"2016-05-07T10:42:01","slug":"lettre-a-leglise-de-philadelphie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.servir.caef.net\/?p=6605","title":{"rendered":"Lettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise de Philadelphie"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\">Lettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise de Philadelphie<\/h1>\n<p>\u00a0<a href=\"\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/the-bible.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7317 aligncenter\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/the-bible.jpg\" alt=\"the-bible\" width=\"432\" height=\"239\" srcset=\"https:\/\/www.servir.caef.net\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/the-bible.jpg 617w, https:\/\/www.servir.caef.net\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/the-bible-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 432px) 100vw, 432px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 16px;\">par <span style=\"color: #b22222;\">Alfred KUEN<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A 45 km au sud-est de Sardes, le messager qui poursuivait sa route trouvait Philadelphie, une petite ville relativement r\u00e9cente situ\u00e9e dans la partie fertile de la Lydie, domin\u00e9e, comme Sardes, par le mont Tmolus. La ville avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 140 av. J.-C. par le roi de Pergame Attalus II pour propager la culture grecque en Lydie et en Phrygie. Une colonie grecque la nomma Philadelphie en l&rsquo;honneur de son fondateur Attalus qui portait le surnom de Philadelphe \u00e0 cause de son affection pour son fr\u00e8re Eum\u00e8nes. Les monnaies repr\u00e9sentent les deux fr\u00e8res \u00e9gaux en taille, en traits et habill\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"\/wp-content\/uploads\/1995\/pdf1995\/1995_01_04_lettreaphiladelphie.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"iconePDF\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/iconePDF.jpg\" alt=\"\" width=\"81\" height=\"76\" align=\"right\" hspace=\"8\" vspace=\"8\" \/><\/a>La vall\u00e9e de l&rsquo;Hermus dans laquelle d\u00e9bouchait son affluent Cogamus pr\u00e8s de Philadelphie, devait sa fertilit\u00e9 au sol volcanique, particuli\u00e8rement favorable \u00e0 la culture de la vigne. Virgile c\u00e9l\u00e9brait ses vins et les monnaies de l&rsquo;\u00e9poque portent souvent une t\u00eate de Bacchus ou de Bacchante. La ville a d\u00fb \u00eatre catastroph\u00e9e par l&rsquo;\u00e9dit de Domitien en l&rsquo;an 92 exigeant que la moiti\u00e9 des vignes soient arrach\u00e9es car elle d\u00e9pendait presque enti\u00e8rement de sa viticulture. On a vu dans <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>Ap 6.6<\/em><\/span> une allusion voil\u00e9e \u00e0 ce d\u00e9cret. La ville \u00e9tait constamment menac\u00e9e par la famine car ses productions vivri\u00e8res ne suffisaient jamais \u00e0 satisfaire ses propres besoins. Sa seule ressource pour acheter du bl\u00e9 \u00e9tait donc la vigne. En perdre la moiti\u00e9 annon\u00e7ait des temps tr\u00e8s durs, car un sol volcanique ne convient pas n\u00e9cessairement \u00e0 la culture du bl\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la culture de la vigne n&rsquo;\u00e9tait pas la principale raison d&rsquo;\u00eatre de la ville. Situ\u00e9e pr\u00e8s du croisement des fronti\u00e8res de la Lydie, de la Mysie et de la Phrygie, elle commandait aussi l&rsquo;une des principales routes transcontinentales de l&rsquo;\u00e9poque, celle qui reliait l&rsquo;Europe \u00e0 l&rsquo;Orient. Elle \u00e9tait en quelque sorte la porte d&rsquo;un continent \u00e0 l&rsquo;autre. \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait une ville fond\u00e9e dans un but d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment missionnaire. Au-del\u00e0 de Philadelphie, on d\u00e9bouchait sur les r\u00e9gions sauvages de la Phrygie avec ses tribus barbares.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mission de Philadelphie \u00e9tait de r\u00e9pandre la langue grecque, les coutumes grecques et la civilisation grecque dans ces r\u00e9gions au-del\u00e0 de la fronti\u00e8re. Philadelphie devait \u00eatre missionnaire de l&rsquo;hell\u00e9nisme pour les sauvages de la Phrygie\u00a0\u00bb<strong><sub>1<\/sub><\/strong>, \u00ab\u00a0l&rsquo;ap\u00f4tre de l&rsquo;hell\u00e9nisme dans les pays orientaux\u00a0\u00bb, dit W. Ramsay comme Sardes l&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 pour la Lydie. La mission de Sardes avait \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9e de succ\u00e8s puisqu&rsquo;on l&rsquo;an 19 av. J.-C. le lydien n&rsquo;\u00e9tait plus parl\u00e9 en Lydie et le grec \u00e9tait devenu la seule langue du pays. La t\u00e2che fut plus difficile pour Philadelphie car les Phrygiens tenaient \u00e0 leur langue et \u00e0 leurs coutumes et refus\u00e8rent d&rsquo;\u00eatre hell\u00e9nis\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque le Christ, <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>\u00ab\u00a0celui qui tient la cl\u00e9 de David, celui qui ouvre et nul ne peut fermer, qui ferme et nul ne peut ouvrir\u00a0\u00bb (v. 7)<\/em><\/span> fait dire \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise de Philadelphie : <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>\u00ab\u00a0Voici, j&rsquo;ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer\u00a0\u00bb ( v. 8 )<\/em><\/span>, ce n&rsquo;est peut-\u00eatre pas sans rapport avec la situation et la mission de la ville dans laquelle elle se trouvait. Comme elle occupait une position cl\u00e9 du point de vue strat\u00e9gique, le Seigneur lui remet la cl\u00e9 d&rsquo;acc\u00e8s au Royaume de Dieu par l&rsquo;Evangile. Comme la ville devait diffuser l&rsquo;hell\u00e9nisme dans les contr\u00e9es barbares, ainsi l&rsquo;Eglise doit r\u00e9pandre l&rsquo;\u00e9vangile et la mani\u00e8re de vivre chr\u00e9tienne parmi ceux qui vivent encore dans les t\u00e9n\u00e8bres. Certains voient aussi dans la cl\u00e9 une allusion au temple local de Janus, divinit\u00e9 protectrice des portes, dont le symbole \u00e9tait la cl\u00e9 : \u00ab\u00a0J\u00e9sus est plus grand que Janus puisque sa cl\u00e9 ouvre les portes de la vie \u00e9ternelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les ouvertures pour r\u00e9pandre l&rsquo;Evangile \u00e9taient nombreuses et grandes dans l&rsquo;Empire romain du 1er si\u00e8cle. La <em>Pax romana<\/em> permettait aux \u00e9vang\u00e9listes chr\u00e9tiens de faire leur travail avec une relative libert\u00e9, parlant le m\u00eame langage commun, circulant sur les belles voies romaines et utilisant la version grecque des Septante comme manuel. De plus, o\u00f9 qu&rsquo;ils allaient, ils trouvaient des esprits en recherche et des c\u0153urs assoiff\u00e9s. Les vieilles superstitions pa\u00efennes \u00e9taient abandonn\u00e9es. Le Saint-Esprit ouvrait les pens\u00e9es et les d\u00e9sirs d&rsquo;hommes et de femmes du commun peuple. Beaucoup d&rsquo;\u00e2mes alt\u00e9r\u00e9es soupiraient apr\u00e8s l&rsquo;eau de la vie\u00a0\u00bb<strong><sub>2<\/sub><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le volcanisme de la r\u00e9gion qui en avait assur\u00e9 la fertilit\u00e9 avait une contrepartie f\u00e2cheuse : la fr\u00e9quence des tremblements de terre. Le s\u00e9isme qui avait d\u00e9truit Sardes fut aussi d\u00e9sastreux pour Philadelphie. La terreur qui s&rsquo;\u00e9tait empar\u00e9e des habitants persistait bien des ann\u00e9es car, de temps en temps, il y avait un nouveau choc d&rsquo;une amplitude plus ou moins grande. Vivant dans une crainte perp\u00e9tuelle, un certain nombre de Philadelphiens s&rsquo;\u00e9taient d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 loger dans des huttes de fortune en-dehors de la ville (Strabon XIII, 10).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque la stabilit\u00e9 semblait r\u00e9tablie, ils rentraient en ville, mais au premier choc, ils en ressortaient. Ce rythme de fuites et de retours finit par faire partie de leur vie. La promesse du Christ : <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>\u00ab\u00a0Je ferai du vainqueur un pilier dans le Temple de mon Dieu et il n&rsquo;en sortira plus jamais\u00a0\u00bb (v. 12)<\/em><\/span> devait les toucher tout particuli\u00e8rement. Un pilier parle de stabilit\u00e9, ne plus avoir \u00e0 sortir par crainte des catastrophes r\u00e9pondait \u00e0 une aspiration profonde de tout Philadelphien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>\u00ab\u00a0l&rsquo;heure de l&rsquo;\u00e9preuve\u00a0\u00bb<\/em><\/span>, aussi inattendue et bouleversante que l&rsquo;heure d&rsquo;un grand s\u00e9isme, viendra<span style=\"background-color: #add8e6;\"><em> \u00ab\u00a0sur le monde entier pour \u00e9prouver tous les habitants de la terre\u00a0\u00bb (v. 10)<\/em><\/span>, le Christ promet \u00e0 celui qui lui appartient : <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>\u00ab\u00a0Je te garderai\u00a0\u00bb<\/em><\/span>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Philadelphie avait tant de temples d\u00e9di\u00e9s \u00e0 des dieux et des d\u00e9esses qu&rsquo;on l&rsquo;avait surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0la petite Ath\u00e8nes\u00a0\u00bb. Barclay rapporte une coutume qui avait cours dans la ville : \u00ab\u00a0Quand un homme avait bien servi l&rsquo;Etat, quand il laissait le souvenir d&rsquo;un bon magistrat ou d&rsquo;un bienfaiteur public ou d&rsquo;un bon pr\u00eatre, la ville lui offrait dans l&rsquo;un de ses temples un m\u00e9morial qui consistait en un pilier sur lequel on gravait son nom. Philadelphie honorait ses fils illustres en mettant leurs noms sur les piliers de ses temples afin que tous ceux qui venaient y adorer puissent les voir et se souvenir d&rsquo;eux. Ainsi le Christ ressuscit\u00e9 promet au vainqueur :<span style=\"background-color: #add8e6;\"><em> &lsquo;Je ferai de lui un pilier dans le Temple de mon Dieu&#8230; Je graverai sur lui le nom de mon Dieu et le nom de la ville de mon Dieu&#8230; ainsi que mon nom nouveau&rsquo;<\/em><\/span>\u00a0\u00bb<strong><sub>3<\/sub><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dieu donnera son nom nouveau a celui qui vaincra et \u00e0 sa ville. Philadelphie aussi s&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9 un nouveau nom : apr\u00e8s le grand tremblement de terre de l&rsquo;an 17, Tib\u00e8re avait accord\u00e9 une aide g\u00e9n\u00e9reuse \u00e0 la ville. Pour le remercier, elle \u00e9tablit le culte du fils adoptif de l&#8217;empereur Germanicus, qui \u00e9tait alors dans la province et que l&rsquo;on consid\u00e9rait comme son h\u00e9ritier pr\u00e9somptif, et elle se donna le nom nouveau de N\u00e9oc\u00e9sar\u00e9e. Plus tard, sous Vespasienne, elle y ajouta celui de Flavia.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au lieu des noms des empereurs divinis\u00e9s et des membres de leur famille, le Christ imprimera sur le vainqueur le nom nouveau du Dieu immortel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0A travers toute cette lettre \u00e0 Philadelphie, nous voyons comment le message du Christ ressuscit\u00e9 est parvenu aux chr\u00e9tiens de Philadelphie dans un langage et au travers d&rsquo;images qu&rsquo;ils pouvaient comprendre. Christ les a pris dans l&rsquo;histoire, dans la vie de tous les jours et dans la vie civique que tous connaissaient ; avec ces choses terrestres, il a compos\u00e9 le message c\u00e9leste\u00a0\u00bb<strong><sub>4<\/sub><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">A.K.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">NOTES<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1.<\/strong> W. Barclay, <em>Letters to the Seven Churches<\/em>, (London : SCM, 1964), p.95.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2.<\/strong> John Stott, <em>What Christ thinks of the Church<\/em>, (World Publ, Milton Keynes, 1990), p. 90.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3.<\/strong> W. Barclay, op. cit., p. 98.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>4. <\/strong>W. Barclay, op. cit., p. 99.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise de Philadelphie \u00a0 &nbsp; par Alfred KUEN &nbsp; &nbsp; \u00a0 A 45 km au sud-est de Sardes, le messager qui poursuivait sa route trouvait Philadelphie, une petite ville relativement r\u00e9cente situ\u00e9e dans la partie fertile de la Lydie, domin\u00e9e, comme Sardes, par le mont Tmolus. 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