{"id":6680,"date":"1993-09-18T16:16:36","date_gmt":"1993-09-18T16:16:36","guid":{"rendered":"\/?p=6680"},"modified":"2016-05-03T06:59:43","modified_gmt":"2016-05-03T06:59:43","slug":"le-contexte-geographique-et-historique-de-lapocalypse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.servir.caef.net\/?p=6680","title":{"rendered":"Le contexte g\u00e9ographique et historique  de l&rsquo;Apocalypse"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\">Le contexte g\u00e9ographique et historique<\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\">\u00a0<\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\">de l&rsquo;Apocalypse<\/h1>\n<p>\u00a0<a href=\"\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/apocalypse2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7044 aligncenter\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/apocalypse2.jpg\" alt=\"apocalypse\" width=\"326\" height=\"473\" srcset=\"https:\/\/www.servir.caef.net\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/apocalypse2.jpg 326w, https:\/\/www.servir.caef.net\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/apocalypse2-206x300.jpg 206w\" sizes=\"auto, (max-width: 326px) 100vw, 326px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #b22222;\"><span style=\"font-size: 16px;\"><strong>par Alfred KUEN<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La province d&rsquo;Asie qui comprenait le tiers occidental de la Turquie actuelle, \u00e9tait au 1er si\u00e8cle le centre culturel du monde qui surpassait m\u00eame Rome et Ath\u00e8nes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dans les villes d&rsquo;Asie, fond\u00e9es par les Ioniens, que se trouve le berceau de la philosophie grecque, \u00ab\u00a0une apparition unique dans l&rsquo;histoire humaine, sans laquelle la civilisation actuelle serait impensable<strong><sub>1<\/sub><\/strong>. Par ses vignobles et ses vergers, ses industries et son commerce le pays devient une v\u00e9ritable mine d&rsquo;or. Ses ports \u00e9taient des lieux d&rsquo;\u00e9change des richesses de l&rsquo;Orient et de l&rsquo;Occident. Cela ouvrait l&rsquo;horizon, favorisait le savoir, l&rsquo;art et les religions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"\/wp-content\/uploads\/1993\/pdf1993\/1993_05_09_contexte_apocalypse.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"iconePDF\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/iconePDF.jpg\" alt=\"\" width=\"81\" height=\"76\" align=\"right\" hspace=\"8\" vspace=\"8\" \/><\/a>L&rsquo;envers de la m\u00e9daille fut la convoitise que ce pays excitait : souvent il changea de propri\u00e9taire : les Phrygiens, les Lydiens, les Perses, les Mac\u00e9doniens et finalement les Romains s&rsquo;y succ\u00e9d\u00e8rent. Chaque changement entra\u00eenait l&rsquo;arriv\u00e9e de nouveaux peuples, de nouvelles langues, nouvelles cultures et nouvelles relations. Rome n&rsquo;eut pas besoin de conqu\u00e9rir l&rsquo;Asie : elle lui fut donn\u00e9e par le dernier roi de Pergame, Attalus III en 133 avant J.-C. C&rsquo;est pourquoi elle ne fut pas administr\u00e9e par un gouvernement militaire, mais par un proconsul.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La province n&rsquo;\u00e9tait pas seulement un lieu d&rsquo;\u00e9change de marchandises, les id\u00e9es et les cultes de tout l&#8217;empire s&rsquo;y confrontaient et se m\u00ealaient, Les ruines des temples les plus divers s&rsquo;y rencontraient. Les lieux de p\u00e8lerinage y abondaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Asie \u00e9tait avec tout cela le haut-lieu de l&rsquo;hell\u00e9nisme, le plus puissant mouvement culturel de l&rsquo;\u00e9poque. Un mouvement qui a commenc\u00e9 sa marche triomphale \u00e0 travers le monde antique sous Alexandre le grand (356-323 av. J.-C.). L&rsquo;une des caract\u00e9ristiques de l&rsquo;hell\u00e9nisme est la recherche de l&rsquo;unit\u00e9 de toute l&rsquo;humanit\u00e9 aux d\u00e9pens des particularit\u00e9s ethniques, raciales, linguistiques, politiques, sociales et religieuses. Un seul monde, un seul peuple. Ce sont les Grecs qui furent les initiateurs et les artisans de ce programme. Des marchands grecs monopolisaient le commerce tout autour de la M\u00e9diterran\u00e9e et de la mer Noire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y avait des villes grecques un peu partout, par exemple en Galil\u00e9e <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>(Mt 4.25 ; Mc 5.20 ; 7.31)<\/em><\/span>. Ils allaient \u00e0 travers l&rsquo;Egypte jusqu&rsquo;au c\u0153ur de l&rsquo;Afrique et par la M\u00e9sopotamie, en Inde. \u00ab\u00a0Qui a beaucoup voyag\u00e9 \u00e0 beaucoup appris, dit Ben Sirah, et qui a une large exp\u00e9rience peut parler en connaissance de cause&#8230; celui qui a voyag\u00e9 a amass\u00e9 beaucoup de comp\u00e9tences&#8230; au cours de mes voyages j&rsquo;ai compris plus de choses que je ne saurais dire\u00a0\u00bb <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>(34.9-12)<\/em><\/span>. Partout, les Grecs amass\u00e8rent de nouvelles connaissances et les transmirent plus loin. La langue universelle de l&rsquo;\u00e9poque, la <em>koin\u00e9 (koin\u00e9 dialektos<\/em> : langue commune) \u00e9tait parl\u00e9e partout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9veloppement du culte imp\u00e9rial se situait dans la ligne du programme hell\u00e9nistique d&rsquo;unification de tout le monde connu. L&rsquo;Orient connaissait depuis longtemps les honneurs divins rendus aux souverains. En Egypte, les Pharaons \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme divins d\u00e8s leur naissance. La Bible nous rapporte des tentatives semblables d&rsquo;imposer le culte du roi r\u00e9gnant \u00e0 tout un peuple <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>(Dn 3.6ss ; 6.8ss)<\/em><\/span>. Ces id\u00e9es p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent en Occident par le biais de la province d&rsquo;Asie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les villes de la province rivalis\u00e8rent de z\u00e8le pour obtenir du s\u00e9nat romain l&rsquo;autorisation d&rsquo;\u00e9riger un temple en l&rsquo;honneur de Rome (<em>Dea Roma<\/em>) et de l&rsquo;Empereur. Pergame obtint la premi\u00e8re ce droit sous Auguste (30 av. J.-C.-14 ap. J.-C), Smyrne sous Tib\u00e8re (14-37), Eph\u00e8se sous Claude (41-54).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous le r\u00e8gne de Domitien, Eph\u00e8se mit toutes les autres cit\u00e9s dans l&rsquo;ombre. Elle obtint le titre honorifique de \u00ab\u00a0ville fid\u00e8le \u00e0 l&#8217;empereur, gardienne imp\u00e9riale du temple\u00a0\u00bb. On y \u00e9rigea une statue de l&#8217;empereur quatre fois plus grande que nature et des autels au \u00ab\u00a0divin et unique souverain et illustre empereur Domitien\u00a0\u00bb. Avec le culte imp\u00e9rial les pr\u00eatres de ce culte faisaient leur entr\u00e9e en ville. Leur grand pr\u00eatre \u00e9tait aussi l&rsquo;homme de confiance de Rome dans la province, qui veillait \u00e0 ce que tous les sujets d\u00e9montrent leur loyaut\u00e9 envers l&rsquo;Etat par leur participation au culte imp\u00e9rial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les destinataires de l&rsquo;Apocalypse faisaient donc partie de l&rsquo;\u00e9lite intellectuelle de l&rsquo;humanit\u00e9 d&rsquo;alors, mais ils vivaient l\u00e0 o\u00f9 le conflit entre le christianisme et les forces qui s&rsquo;opposaient \u00e0 lui \u00e9tait le plus ardu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Evangile \u00e9tait parvenu depuis longtemps en Asie. Des p\u00e8lerins juifs de la province \u00e9taient pr\u00e9sents lors de la premi\u00e8re Pentec\u00f4te <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>(Ac 2.9)<\/em><\/span>. Ceux qui sont rentr\u00e9s chez eux \u00e9taient sans doute les premiers missionnaires parmi leurs concitoyens, bien qu&rsquo;aucune trace d&rsquo;Eglise n&rsquo;apparaisse avant le passage de l&rsquo;ap\u00f4tre Paul. Lors d&rsquo;un bref passage \u00e0 Eph\u00e8se (Ad 8.19), Paul conscient sans doute des possibilit\u00e9s qu&rsquo;offrait cette ville, promet d&rsquo;y revenir <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>\u00ab\u00a0si Dieu le veut\u00a0\u00bb (v. 21)<\/em><\/span>. Entre temps, Aquilas et Priscille y sont actifs <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>(Ac 19.26-28)<\/em><\/span>. Paul revient \u00e0 Eph\u00e8se et y reste trois ans <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>(Ac 20.31)<\/em><\/span>, plus longtemps que partout ailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la suite, il \u00e9crivit \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9glises de la province<strong><sub>2<\/sub><\/strong>. Pierre leur adressa aussi sa premi\u00e8re lettre <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>(1 Pi 1.1 )<\/em><\/span>. \u00ab\u00a0II y avait l\u00e0 un centre de gravit\u00e9 non seulement du paganisme mais aussi du christianisme. Eph\u00e8se avait remplac\u00e9 J\u00e9rusalem et Antioche comme centre chr\u00e9tien ; ce n&rsquo;\u00e9tait pas encore le tour de Rome. Dans aucune autre partie de l&rsquo;Empire le mouvement chr\u00e9tien ne s&rsquo;\u00e9tait autant r\u00e9pandu. D&rsquo;apr\u00e8s la lettre de Pline le nombre des chr\u00e9tiens y \u00e9tait si grand que les temples pa\u00efens \u00e9taient d\u00e9sert\u00e9s, d&rsquo;apr\u00e8s la 2e\u00e9pitre de Cl\u00e9ment il surpassait ceux des Juifs<strong><sub>3<\/sub><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette province la confrontation entre l&rsquo;Eglise et le monde ambiant prenait une forme valable pour l&rsquo;ensemble de la chr\u00e9tient\u00e9. C&rsquo;est ce que ressent l&rsquo;ap\u00f4tre Jean lorsqu&rsquo;il r\u00e9p\u00e8te \u00e0 la fin des messages adress\u00e9s \u00e0 des communaut\u00e9s particuli\u00e8res : <span style=\"background-color: #add8e6;\"><em>\u00ab\u00a0Que celui qui a des oreilles \u00e9coute ce que l&rsquo;Esprit dit aux Eglises\u00a0\u00bb<strong><sub>4<\/sub><\/strong> (2.7, 11, 17).<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le conflit entre christianisme et culte imp\u00e9rial prit une forme particuli\u00e8rement aigu\u00eb sous Domitien. Cet empereur a laiss\u00e9 un souvenir particuli\u00e8rement n\u00e9gatif dans l&rsquo;histoire. Lorsque les s\u00e9nateurs apprirent son meurtre, nous dit Su\u00e9tone, ils \u00ab\u00a0manifest\u00e8rent la plus grande all\u00e9gresse : s&#8217;empressant d&rsquo;envahir la curie, ils ne purent s&#8217;emp\u00eacher de prodiguer au d\u00e9funt les invectives les plus injurieuses et les plus violentes&#8230; de d\u00e9cr\u00e9ter que l&rsquo;on effacerait partout ses inscriptions et que l&rsquo;on abolirait compl\u00e8tement sa m\u00e9moire\u00a0\u00bb<strong><sub>5<\/sub><\/strong>. Il dit de lui qu&rsquo;\u00ab\u00a0il se permit toutes les violences comme un v\u00e9ritable tyran\u00a0\u00bb (I) \u00ab\u00a0.. m\u00ealant en proportions \u00e9gales les vices et les vertus jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 ses vertus elles-m\u00eames d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e8rent en vices\u00a0\u00bb (III).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il d\u00e9crit longuement sa cruaut\u00e9 envers ses familiers, ses proches et tous ses fonctionnaires, comme les plus haut plac\u00e9s qu&rsquo;il fit ex\u00e9cuter en grand nombre avec une cruaut\u00e9 raffin\u00e9e, \u00ab\u00a0Dictant une lettre circulaire au nom de ses agents, il d\u00e9buta de la sorte : &lsquo;Notre ma\u00eetre et notre dieu ordonne ce qui suit&rsquo;. Aussi d\u00e9sormais fut-il \u00e9tabli que personne, m\u00eame dans un \u00e9crit et dans un entretien, ne le d\u00e9signerait autrement\u00a0\u00bb (XIII). En l&rsquo;an 86, il se fit nommer officiellement \u00ab\u00a0le Seigneur Dieu\u00a0\u00bb. Son palais fut consid\u00e9r\u00e9 comme un sanctuaire, son tr\u00f4ne le si\u00e8ge divin. Pendant son absence, il fallait continuer \u00e0 faire une r\u00e9v\u00e9rence respectueuse devant son tr\u00f4ne. Quand il paraissait en public, la couronne d&rsquo;or sur la t\u00eate, tout le monde, habill\u00e9 de blanc sur ordre imp\u00e9rial, poussait des ovations fr\u00e9n\u00e9tiques \u00ab\u00a0Vive le Seigneur, victoire au Seigneur de la terre ; puissance, gloire, honneur, paix, s\u00e9curit\u00e9, saint, bienheureux, grand, qui est semblable \u00e0 toi, tu es digne de prendre le royaume, Seigneur des seigneurs, Tr\u00e8s-haut parmi les grands, dieu de toutes choses, dieu \u00e9ternel, seigneur d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 en \u00e9ternit\u00e9, Seigneur de tous les si\u00e8cles<strong><sub>6<\/sub><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des po\u00e8tes de cour composaient des textes flatteurs r\u00e9cit\u00e9s en ch\u0153urs parl\u00e9s : \u00ab\u00a0Voici dieu, le voil\u00e0 celui qui a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9 par le P\u00e8re c\u00e9leste avec l&rsquo;autorit\u00e9 supr\u00eame pour r\u00e9gner sur une terre heureuse\u00a0\u00bb<strong><sub>7<\/sub><\/strong>. M\u00eame le monde animal devait participer \u00e0 cet hommage g\u00e9n\u00e9ral : on avait dress\u00e9 des perroquets pour qu&rsquo;ils crient \u00ab\u00a0Ave C\u00e9sar !\u00a0\u00bb<strong><sub>8<\/sub><\/strong>. Domitien est entr\u00e9 dans l&rsquo;histoire \u00e0 cause de la violence des pers\u00e9cutions qu&rsquo;il a d\u00e9clench\u00e9es contre les chr\u00e9tiens. Apr\u00e8s la mort de N\u00e9ron, ces derniers jouirent d&rsquo;une p\u00e9riode de tranquillit\u00e9 assez longue pendant laquelle leur nombre se multiplia consid\u00e9rablement. L&rsquo;Evangile p\u00e9n\u00e9trait jusque dans les cercles dirigeants, jusqu&rsquo;\u00e0 la cour imp\u00e9riale. L&rsquo;h\u00e9ritier pr\u00e9somptif du tr\u00f4ne fut \u00e9lev\u00e9 dans la famille d&rsquo;un cousin de l&#8217;empereur : Flavius Clemens qui, avec sa femme Flavia Domitilla, semblent avoir \u00e9t\u00e9 de vrais chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0C&rsquo;est l&rsquo;une des suppositions les plus intrigantes de l&rsquo;histoire, dit F-E Bruce, de se demander que serait-il advenu si Clemens et Domitilla avaient v\u00e9cu en \u00e9levant leurs fils dans la foi chr\u00e9tienne et si l&rsquo;un de ces enfants \u00e9taient mont\u00e9 sur le tr\u00f4ne imp\u00e9rial suivant le cours normal des choses ? Certainement que notre histoire actuelle serait bien diff\u00e9rente de ce qu&rsquo;elle est. Il faudra attendre plus de deux si\u00e8cles pour qu&rsquo;un empereur \u00ab\u00a0chr\u00e9tien\u00a0\u00bb si\u00e8ge sur le tr\u00f4ne d&rsquo;Auguste, deux si\u00e8cles pendant lesquels le christianisme a d\u00fb faire son chemin contre l&rsquo;opposition imp\u00e9riale qui, de temps en temps, a pris la forme d&rsquo;une pers\u00e9cution sauvage\u00a0\u00bb<strong><sub>9<\/sub><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette multiplication des chr\u00e9tiens inqui\u00e9tait l&#8217;empereur. D&rsquo;autre part, le christianisme s&rsquo;\u00e9tait nettement diff\u00e9renci\u00e9 du juda\u00efsme qui b\u00e9n\u00e9ficiait du statut de <em>religio licita<\/em>, donc de la protection officielle. Aussi longtemps qu&rsquo;ils \u00e9taient assimil\u00e9s par les autorit\u00e9s \u00e0 une secte juive, les chr\u00e9tiens ne tombaient pas sous le coup de la loi interdisant la cr\u00e9ation de nouvelles communaut\u00e9s religieuses dans l&rsquo;Empire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais les Juifs, d&rsquo;une part, s&rsquo;efforc\u00e8rent de lever l&rsquo;\u00e9quivoque parce qu&rsquo;ils ne voulaient pas laisser les chr\u00e9tiens b\u00e9n\u00e9ficier de leur statut privil\u00e9gi\u00e9. Les chr\u00e9tiens, d&rsquo;autre part, consid\u00e9raient comme un reniement de leur foi d&rsquo;\u00eatre assimil\u00e9s aux Juifs. Ce motif fut m\u00eame la cause imm\u00e9diate des pers\u00e9cutions sous Domitien. Depuis la destruction du temple de J\u00e9rusalem, les Juifs ne payaient plus l&rsquo;imp\u00f4t de la didrachme pour son entretien. Par contre, l&#8217;empereur percevait d&rsquo;eux cet imp\u00f4t pour l&rsquo;entretien du temple de Jupiter. Les agents de Domitien l&rsquo;exigeaient avec une extr\u00eame rigueur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme ils assimilaient les chr\u00e9tiens aux Juifs, ils voulaient aussi le percevoir de leur part. Les chr\u00e9tiens consid\u00e9rant le paiement de cet imp\u00f4t comme une abjuration de leur foi, refus\u00e8rent de payer la taxe. Ils furent, de ce fait, accus\u00e9s d&rsquo;ath\u00e9isme et condamn\u00e9s comme tels \u00e0 la mort ou au bannissement avec confiscation de leurs biens. Flavius Clemens fut l&rsquo;une des premi\u00e8res victimes de cette nouvelle pers\u00e9cution : il fut mis \u00e0 mort et sa femme bannie dans l&rsquo;\u00eele Pandataria \u00ab\u00a0pour cause d&rsquo;ath\u00e9isme pour lequel d&rsquo;autres aussi furent condamn\u00e9s qui s&rsquo;\u00e9taient \u00e9gar\u00e9s dans des voies juives\u00a0\u00bb<strong><sub>10<\/sub><\/strong>. Selon une ancienne tradition rapport\u00e9e par Tertullien<strong><sub>11<\/sub><\/strong>, l&rsquo;ap\u00f4tre Jean aurait \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 Rome par ordre imp\u00e9rial, interrog\u00e9 et tortur\u00e9 l\u00e0, puis banni \u00e0 l&rsquo;\u00eele de Patmos. Si elle est exacte on comprend que derri\u00e8re la description de la ville aux sept collines (ch. 17) se profile une exp\u00e9rience personnelle am\u00e8re de l&rsquo;auteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">A.K.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">NOTES<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1.<\/strong> A. PohI, 77, p. 25.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2.<\/strong> Eph\u00e8se, Colosses, Laodic\u00e9e et peut-\u00eatre d&rsquo;autres ; voir A. Kuen, <em>Les lettres de Paul<\/em>, p. 204-209.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3.<\/strong> A. PohI, 77, p. 28.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>4.<\/strong> A. PohI, 77, p. 20-28.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>5.<\/strong> <em>Vie des Douze C\u00e9sars<\/em>, Domitien XXIII, Editions Livre de poche, p.501.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>6.<\/strong> D&rsquo;apr\u00e8s E. Stauffer, <em>Christus und die Caesaren<\/em>, Hambourg, 1952, p. 160ss.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>7.<\/strong> Stauffer, <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>8.<\/strong> D&rsquo;apr\u00e8s A. PohI, 77, p. 21-28.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>9. <\/strong>R.R Bruce, <em>The speading Flame, Paternoster<\/em> Pr. Exeter, 1970, p. 164.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>10.<\/strong> Dio Cassius, <em>Hist.<\/em> Epitome LXVII 14.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>11.<\/strong> 160-220\u00a0; dans Praescr.Haeret 36.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le contexte g\u00e9ographique et historique \u00a0 de l&rsquo;Apocalypse \u00a0 &nbsp; par Alfred KUEN \u00a0 \u00a0 &nbsp; La province d&rsquo;Asie qui comprenait le tiers occidental de la Turquie actuelle, \u00e9tait au 1er si\u00e8cle le centre culturel du monde qui surpassait m\u00eame Rome et Ath\u00e8nes. \u00a0 C&rsquo;est dans les villes d&rsquo;Asie, fond\u00e9es par les Ioniens, que se [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":72,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10,32],"tags":[],"class_list":["post-6680","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire-de-leglise","category-le-nouveau-testament"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6680","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/72"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6680"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6680\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6680"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6680"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6680"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}