{"id":6775,"date":"1989-09-14T09:34:44","date_gmt":"1989-09-14T09:34:44","guid":{"rendered":"\/?p=6775"},"modified":"2016-03-21T10:55:48","modified_gmt":"2016-03-21T10:55:48","slug":"moi-bissi-serviteur-de-jesus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.servir.caef.net\/?p=6775","title":{"rendered":"T\u00e9moignage &#8211; Moi, Bissi, serviteur de J\u00e9sus"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><a href=\"\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/Temoignage.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2645\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/Temoignage.jpg\" alt=\"Temoignage\" width=\"390\" height=\"36\" srcset=\"https:\/\/www.servir.caef.net\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/Temoignage.jpg 390w, https:\/\/www.servir.caef.net\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/Temoignage-300x27.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 390px) 100vw, 390px\" \/><\/a><\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\">\u00a0<\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\">Moi, Bissi, serviteur de J\u00e9sus<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/Afrique.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7971 aligncenter\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/Afrique.jpg\" alt=\"Afrique\" width=\"307\" height=\"234\" srcset=\"https:\/\/www.servir.caef.net\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/Afrique.jpg 307w, https:\/\/www.servir.caef.net\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/Afrique-300x228.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 307px) 100vw, 307px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #b22222;\"><span style=\"font-size: 16px;\"><strong>R\u00e9cit recueilli par Dany GOUNON<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis n\u00e9 sur le plus haut sommet de notre montagne, le Mont Morgue, autour des ann\u00e9es 30. Je vous raconterai un jour l&rsquo;histoire de ma naissance. Plusieurs sommets \u00e9taient encore habit\u00e9s en ce temps-l\u00e0 ; j&rsquo;y ai pass\u00e9 toute ma jeunesse. Mon nom est Bissi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon p\u00e8re \u00e9tait un homme doux et tranquille ; il \u00e9tait pr\u00eatre de la margaye<strong><sub>1<\/sub><\/strong>, les esprits que nous adorons. Dans un coin de la concession l&rsquo;autel \u00e9tait soigneusement entretenu. A l&rsquo;occasion des f\u00eates, d&rsquo;une maladie ou d&rsquo;un deuil, le p\u00e8re y sacrifiait une poule rousse et il collait, avec le sang, quelques plumes sur la pierre plate fich\u00e9e en terre. Dans de petites calebasses, il pla\u00e7ait aussi les pr\u00e9mices de la r\u00e9colte pour rendre les esprits favorables. Nous, les enfants, nous regardions de loin. Ma m\u00e8re \u00e9tait grande, maigre et s\u00e9v\u00e8re ; elle grondait toujours ; lorsqu&rsquo;elle attrapait l&rsquo;un de nous pour le punir, elle le frappait tr\u00e8s fort avec une branche souple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"..\/wp-content\/uploads\/1989\/pdf1989\/1989_05_21_moibissiserviteurdejesus.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/iconePDF.jpg\" alt=\"\" width=\"81\" height=\"76\" name=\"images1\" align=\"RIGHT\" border=\"1\" hspace=\"8\" vspace=\"8\" \/><\/a><\/strong>La montagne \u00e9tait notre royaume. Nous courions partout, agiles et infatigables. Nous connaissions les moindres sentiers, pistant les marmottes des rochers avec les chiens et suivant les hommes qui allaient poser les pi\u00e8ges au porc-\u00e9pic, \u00e0 la civette et m\u00eame \u00e0 la panth\u00e8re. Mais j&rsquo;ai eu bien peur le jour o\u00f9 j&rsquo;ai surpris une panth\u00e8re endormie dans l&rsquo;herbe haute ; elle disparut d&rsquo;un bond \u00e0 ma vue mais moi, le coeur battant, j&rsquo;ai couru sans me retourner jusqu&rsquo;\u00e0 la maison&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec mon jeune fr\u00e8re, nous devions surveiller les champs quand les \u00e9pis commencent \u00e0 m\u00fbrir. Des journ\u00e9es enti\u00e8res, perch\u00e9s sur les rochers, nous tapions sur des bo\u00eetes en poussant des cris pour effrayer les gros singes cynoc\u00e9phales qui d\u00e9vastent les plantations, j&rsquo;ai appris aussi, de la bouche d&rsquo;un vieil homme du village, toutes les histoires de notre peuple, de nos anc\u00eatres, des coutumes et de l&rsquo;arriv\u00e9e des premiers Blancs. Nous jouions pendant des heures, avec de petites fl\u00fbtes taill\u00e9es dans des tiges de mil, les airs du pays ; je devins si habile que plus tard, devenu grand, j&rsquo;\u00e9tais l&rsquo;un des musiciens attitr\u00e9s du village et je battais le tam-tam comme pas deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque je me suis mari\u00e9, j&rsquo;ai continu\u00e9 \u00e0 vivre dans la montagne. Chaque semaine, nous descendions au march\u00e9 de la plaine, \u00e0 deux ou trois, pour vendre nos produits (c\u00e9r\u00e9ales, piment, lichen des rochers et fruits du \u00ab sh\u00e9b\u00e9 \u00bb pour la fabrication du parfum&#8230;). Le soir nous remontions avec du sel, un peu de viande ou de poisson sec, parfois un v\u00eatement, lest\u00e9s de quelques calebasses de bi\u00e8re de mil, juste assez pour trouver le chemin moins long jusqu&rsquo;au sommet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons eu une petite fille ; je partis en voyage le jour de sa naissance et ma femme l&rsquo;appela Kalona, ce qui signifie \u00ab il nous a laiss\u00e9es \u00bb. Lorsque je revins, je repris ma vie de montagnard ; j&rsquo;aimais cette vie. Je ne d\u00e9sirais pas, comme tant de jeunes de mon \u00e2ge, vivre dans la plaine. Et pourtant que de marches, de rochers escalad\u00e9s, de mont\u00e9es et de descentes, de lourdes charges, de luttes incessantes contre le temps et les b\u00eates sauvages pour prot\u00e9ger nos cultures en terrasses, \u00e0 flanc de montagne&#8230; Les femmes allaient puiser l&rsquo;eau loin, en contrebas, \u00e0 une source o\u00f9 les singes venaient boire d\u00e8s qu&rsquo;elles s&rsquo;\u00e9loignaient. Elles remontaient leurs 30 litres d&rsquo;eau, leur b\u00e9b\u00e9 dans le dos, tout en bavardant&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous vivions bien ; les maladies \u00e9taient plus rares que dans la plaine ; nous avions peu de termites, pas de moustiques ; l&rsquo;air y \u00e9tait toujours frais, m\u00eame \u00e0 la plus chaude saison ; les produits de la montagne se vendaient bien ; nos greniers \u00e0 mil n&rsquo;\u00e9taient pas gros mais jamais vides. Mon p\u00e8re m&rsquo;initiait aux coutumes margayes car la charge de pr\u00eatre se transmet de p\u00e8re en fils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon p\u00e8re prit une deuxi\u00e8me femme car il craignait ma m\u00e8re. Cette femme cachait ses affaires dans la case de notre vieux voisin. Un jour, elle tomba malade ; une \u00e9trange maladie, comme une pierre dans le ventre, disait-on. On descendit interroger le devin mais le mal empira et elle mourut. Peu de temps apr\u00e8s, le vieux voisin mourut aussi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, les vieux du village de la plaine mont\u00e8rent sur la montagne. Ils s&rsquo;assirent sous le gros djombolo<strong><sub>2<\/sub><\/strong>, en cercle, le p\u00e8re au milieu. Il savait bien ce qu&rsquo;ils \u00e9taient venus lui dire : que sa femme \u00e9tait morte \u00e0 cause de la margaye d&rsquo;un village voisin, plus puissante que la leur ; que ses affaires \u00e9taient dans la case du vieux et que le vieux aussi \u00e9tait mort&#8230; la mal\u00e9diction \u00e9tait sur eux et sur tous leurs biens. Il n&rsquo;y avait qu&rsquo;une chose \u00e0 faire : tout laisser, quitter la montagne et aller vivre dans la plaine&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon p\u00e8re refusa. On ne pouvait rien lui reprocher. Il n&rsquo;avait jamais vol\u00e9, ni fait de tort \u00e0 personne, ni gard\u00e9 d&rsquo;objets tabous chez lui, ni m\u00e9content\u00e9 les esprits en quoi que ce soit&#8230; Mais les esprits des montagnes se moquent bien de tout cela : aveugles et cruels, ils tuent m\u00eame ceux qui les servent&#8230; Le p\u00e8re alors entendit le verdict : s&rsquo;il refusait, ses deux gar\u00e7ons mouraient et apr\u00e8s eux, sa femme et lui&#8230; Il n&rsquo;y avait plus rien \u00e0 dire ; que lui servirait de sauver ses biens si toute la famille p\u00e9rissait ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons v\u00e9cu encore quelques jours sur la montagne ; plus personne ne travaillait ; nous mangions sans compter et sans joie, la mort dans l&rsquo;\u00e2me, puisqu&rsquo;il faudrait tout laisser : c&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle dans notre langue \u00ab faire la m\u00e9ness\u00e9 \u00bb. Une nuit, soigneusement lav\u00e9s, cheveux ras\u00e9s, ongles coup\u00e9s ras, nus, nous sommes descendus dans l&rsquo;obscurit\u00e9, abandonnant tout. Ma femme serrait contre elle notre petite fille ; c&rsquo;\u00e9tait tout ce qui nous restait ; nous n&rsquo;avions plus rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain les Arabes monteraient et emporteraient tous nos biens. Ils n&rsquo;ont pas peur, eux, de la margaye&#8230; Nous avons recommenc\u00e9 notre vie dans le village de la plaine, v\u00eatus de ce qu&rsquo;on avait bien voulu nous donner, empruntant comme des pauvres, nous qui n&rsquo;avions jamais manqu\u00e9 de rien&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques mois plus tard une petite \u00e9cole fut ouverte dans le village. Un jeune moniteur qu&rsquo;on appelait \u00abmonsieur\u00bb et qui venait du sud du pays s&rsquo;est install\u00e9 dans une case non loin de chez nous. Il \u00e9tait seul et timide. Je l&rsquo;invitais parfois pour causer le soir mais il parlait peu. Un jour, je lui proposai de partager notre repas ; l&rsquo;\u00e9tranger, sans toucher au plat se mit \u00e0 prier ; nous le regardions et attendions, impatients de commencer \u00e0 manger&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour, le moniteur eut des visites. Apr\u00e8s le repas ils se mirent \u00e0 chanter ; de dr\u00f4les de chants, pas comme ceux du village mais tout \u00e0 fait bien pour danser, ce que nous avons fait s\u00e9ance tenante ! Petit \u00e0 petit nous avons aussi appris ces chants et nous \u00e9coutions ces \u00e9trangers parler de Dieu et de son fils J\u00e9sus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je r\u00e9fl\u00e9chissais. Ce qui me frappait le plus dans ce qu&rsquo;ils disaient, c&rsquo;\u00e9tait que celui qui croit est d\u00e9livr\u00e9 de la peur ; que ce J\u00e9sus dans son coeur est comme un ami toujours pr\u00e9sent et qu&rsquo;il est plus fort que nos margayes ! Etait-ce possible ? Moi en tous cas, je ne pourrais plus jamais \u00eatre heureux. Mon coeur \u00e9tait lourd comme si une pierre de la montagne \u00e9tait tomb\u00e9e dedans. Je doutais de tout. Cette margaye que mon m\u00e8re avait servie toute sa vie, qui \u00e9tait-elle ? o\u00f9 \u00e9tait-elle ? n&rsquo;avait-elle donc pas de force pour qu&rsquo;une autre puisse ainsi les frapper, eux qui avaient \u00e9t\u00e9 choisis pour la servir? et si cette parole du moniteur \u00e9tait vraie? mais comment le savoir ?&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"\/wp-content\/uploads\/2007\/09\/Bl\u00e9s.gif\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2707 alignleft\" style=\"margin: 10px;\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2007\/09\/Bl\u00e9s.gif\" alt=\"Bl\u00e9s\" width=\"203\" height=\"150\" \/><\/a>La saison des cultures arriva. Quand les \u00e9pis m\u00fbrissent il faut rester dans les champs, jour et nuit, pour \u00e9loigner les singes et parfois les voleurs. Seul dans la nuit, j&rsquo;\u00e9tais quelquefois inquiet; alors je disais \u00e0 ce Dieu de me garder et je me sentais mieux ; comme si quelqu&rsquo;un \u00e9tait venu s&rsquo;asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la moisson, c&rsquo;est la grande f\u00eate du Cokid\u00e9m\u00e9. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, comme d&rsquo;ha-bitude, je me suis dirig\u00e9 vers la place de la danse ; m\u00eal\u00e9 aux danseurs, j&rsquo;ai bu la calebasse de bi\u00e8re de mil qu&rsquo;on me tendait, mais sans joie ; je n&rsquo;en avais pas envie&#8230; Tr\u00e8s vite, je suis retourn\u00e9 chez moi : \u00ab C&rsquo;est ma derni\u00e8re f\u00eate \u00bb, me disais-je en moi-m\u00eame, mais je ne savais pas pourquoi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un dimanche matin, le moniteur m&rsquo;a invit\u00e9 \u00e0 aller avec lui au culte dans le village voisin ; et ce jour-l\u00e0 j&rsquo;ai compris ce que J\u00e9sus, le Fils de Dieu avait fait pour moi et je l&rsquo;ai accept\u00e9 dans mon coeur ; je ne savais presque rien encore mais j&rsquo;\u00e9tais parfaitement heureux. Cette parole \u00e9tait bonne ; mon coeur l&rsquo;aimait. Le dimanche suivant je me suis lev\u00e9 devant tous pour t\u00e9moigner de ma foi en J\u00e9sus. Quelques jours plus tard, ma femme elle aussi a cru ; les gens du village se moquaient de nous et nous traitaient de fous. Comment \u00eatre fou avec une telle paix dans le coeur ? Mais je ne savais pas le leur expliquer. Pourtant deux autres jeunes du village vinrent aussi \u00e0 la foi. David, l&rsquo;\u00e9vang\u00e9liste du village voisin, venait souvent nous voir ; il lisait la Bible et nous l&rsquo;expliquait. Nous f\u00fbmes baptis\u00e9s, ma femme et moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis notre premi\u00e8re fille, ma femme n&rsquo;avait plus eu d&rsquo;autre enfant ; la famille nous importunait sans cesse \u00e0 ce sujet ; il fallait faire les sacrifices&#8230; Je leur ai r\u00e9pondu que le Dieu en qui je venais de croire \u00e9tait plus puissant que tous les dieux de la terre et que Lui, II nous donnerait un enfant ! Les gens riaient et me disaient : \u00ab Le jour o\u00f9 ta femme aura un enfant, nous deviendrons tous chr\u00e9tiens ! \u00bb Alors je leur racontais l&rsquo;histoire des femmes de la Bible, Sara, Rachel, Anne&#8230; je commen\u00e7ais aussi \u00e0 apprendre \u00e0 lire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la fin des pluies, ma femme se mit \u00e0 tousser ; une toux incessante qui l&#8217;emp\u00eachait de dormir. Nous sommes partis au dispensaire voisin mais sans r\u00e9sultats. La famille a recommenc\u00e9 \u00e0 nous pr\u00e9dire tous les malheurs si nous continuions \u00e0 d\u00e9laisser les dieux de nos p\u00e8res. Mais ils se heurtaient \u00e0 un mur plus solide que la montagne elle-m\u00eame ! Nous sommes alors partis \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de notre r\u00e9gion. Elle n&rsquo;allait toujours pas mieux&#8230; \u00ab C&rsquo;est \u00e0 la luette \u00bb nous dit alors quelqu&rsquo;un (chez nous c&rsquo;est une pratique courante de couper la luette, surtout chez les nourrissons qui vomissent). J&rsquo;en parlai au docteur mais il parut f\u00e2ch\u00e9. Alors une vieille infirmi\u00e8re me dit : \u00ab Les blancs ne connaissent pas cette maladie de la luette ; allez au village et faites la couper sans rien dire au docteur ! \u00bb Ce que nous avons fait ; un forgeron arabe fit l&rsquo;op\u00e9ration en quelques secondes. A partir de ce jour-l\u00e0, elle alla mieux et se r\u00e9tablit lentement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 aussi qu&rsquo;elle devint enceinte mais elle n&rsquo;\u00e9tait pas en bonne sant\u00e9 et sa grossesse fut p\u00e9nible. Elle mit au monde un minuscule petit gar\u00e7on, si faible qu&rsquo;il n&rsquo;avait presque pas la force de respirer. Je me suis aussit\u00f4t mis en route vers le dispensaire de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la montagne. D\u00e8s que je fus parti les grand-m\u00e8res arriv\u00e8rent. \u00ab Ce b\u00e9b\u00e9 allait mourir ! L&rsquo;oiseau margaye \u00e9tait sur lui&#8230; \u00bb Elles firent appeler le devin qui confirma leurs dires : \u00ab Cet oiseau pique le ventre des enfants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant le jour il se cache dans la pointe du toit \u00bb. Le devin voulait creuser un trou pr\u00e8s de la porte ; quelqu&rsquo;un frapperait de grands coups sur le toit ; l&rsquo;oiseau sortirait ; ils l&rsquo;attraperaient et le jetteraient dans le trou pour le br\u00fbler. \u00ab D&rsquo;ailleurs tout le monde pourrait entendre le bruit et sentir l&rsquo;odeur des plumes br\u00fbl\u00e9es&#8230; \u00bb disait-il.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma femme refusa. Devant leur insistance, elle enveloppa le b\u00e9b\u00e9 dans un pagne et fit, le jour m\u00eame de son accouchement, le long chemin \u00e0 travers la montagne pour me rejoindre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le b\u00e9b\u00e9 mourut dans la nuit. Les deux grands-m\u00e8res, arriv\u00e9es, les mains sur la t\u00eate poussaient des cris en signe de deuil : \u00ab Nous l&rsquo;avions bien dit&#8230; \u00bb Mon beau-p\u00e8re d\u00e9clara que lorsque sa fille serait r\u00e9tablie, elle reviendrait chez lui ; il ne la laisserait pas aux mains de cet homme qui s\u00fbrement la ferait mourir&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait la guerre ouverte. Je le savais. Les gens \u00e9taient nombreux \u00e0 venir nous voir \u00e0 l&rsquo;occasion de ce deuil. Je me levai devant tous et je dis : \u00ab Oui, Dieu nous avait donn\u00e9 un fils car II \u00e9coute nos pri\u00e8res; il \u00e9tait \u00e0 Lui et II l&rsquo;a repris, que sa volont\u00e9 soit faite ! Mais il n&rsquo;est pas perdu, ai-je poursuivi, cet enfant est au ciel, aupr\u00e8s de Dieu et un jour je le reverrai ! \u00bb Les gens se sont mis \u00e0 rire : \u00ab Quoi, un petit b\u00e9b\u00e9 mort, il va le revoir ! il est fou ! mais qu&rsquo;a-t-il eu avec sa foi ? la maladie et la mort ! n&rsquo;a-t-il pas encore compris !&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien n&rsquo;a pu \u00e9branler notre foi et ma femme \u00e9tait aussi solide que moi ! Dieu nous b\u00e9nirait, j&rsquo;en \u00e9tais s\u00fbr. Nous avons eu depuis trois autres enfants, une fille et deux gar\u00e7ons. Mais les gens de mon village n&rsquo;en sont pas devenus chr\u00e9tiens pour autant ! Dans la peine et dans la joie, notre Dieu ne nous a jamais fait d\u00e9faut. Nous ne d\u00e9sirons qu&rsquo;une chose, qu&rsquo;il nous donne la force de continuer \u00e0 l&rsquo;aimer et \u00e0 le servir fid\u00e8lement. J\u00e9sus a dit : \u00ab Je suis le pain de vie ; celui qui vient \u00e0 moi n&rsquo;aura jamais faim et celui qui croit en moi n&rsquo;aura jamais soif \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est vrai !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">D.G.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la suite, Bissi Daniel, a appris le m\u00e9tier d&rsquo;infirmier et il travaille aujourd&rsquo;hui au dispensaire de l&rsquo;Eglise de Bitkine dont il est aussi l&rsquo;un des anciens.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">NOTES<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1.<\/strong> Esprit craint et v\u00e9n\u00e9r\u00e9, consid\u00e9r\u00e9 comme tr\u00e8s puissant dans les villages animistes des montagnes du Gu\u00e9ra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2.<\/strong> Grand arbre de la famille des figuiers dont les feuilles larges et \u00e9paisses arr\u00eatent totalement le soleil : son ombre est parfois redout\u00e9e, li\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sence des esprits.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Moi, Bissi, serviteur de J\u00e9sus &nbsp; &nbsp; R\u00e9cit recueilli par Dany GOUNON &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Je suis n\u00e9 sur le plus haut sommet de notre montagne, le Mont Morgue, autour des ann\u00e9es 30. Je vous raconterai un jour l&rsquo;histoire de ma naissance. Plusieurs sommets \u00e9taient encore habit\u00e9s en ce temps-l\u00e0 ; j&rsquo;y ai [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":62,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[70,78,88,33],"tags":[],"class_list":["post-6775","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-couple","category-epreuves","category-souffrance","category-temoignages"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6775","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/62"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6775"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6775\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6775"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6775"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.servir.caef.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6775"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}