Respect de la vie – Euthanasie

 

Par DAVID TABAILLOUX

David-Tabailloux

Notre président de la République, François Hollande, a promis un projet de loi sur l’accompagnement en fin de vie et sur la question de l’euthanasie. Ce projet de loi viendra compléter et améliorer la loi Léonetti qui est actuellement en vigueur depuis 2005.

 

 

Contrairement à la France, les pays du Benelux ont adopté l’euthanasie depuis plusieurs années. Alors que la législation est censée être encadrée de manière stricte, on autorise déjà l’euthanasie de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce alors qu’elles ont peu de symptômes et que leur pronostic vital n’est pas engagé. On l’autorise, aussi, à un stade avancé de la maladie d’Alzheimer, en accord avec les directives anticipées du patient datant de plusieurs années, sans lui donner la possibilité de modifier sa décision, car on considère qu’il n’en est plus capable. Actuellement, on discute même l’élargissement du droit de l’enfant à l’euthanasie.

 

Devant cette évolution rapide de la législation, le chrétien doit s’efforcer, au travers des enseignements de la Bible, de comprendre quel est son rôle et quelles sont ses limites dans l’accompagnement du mourant, afin de ne pas se laisser entraîner dans les dérives progressives que peuvent amener les aménagements successifs des textes de loi.

 

 

Définition de l’euthanasie

 

Le sens étymologique du mot signifie « bonne mort » ou « mort douce », et le mot a été utilisé dans ce sens jusqu’au XVIIe siècle. Ce mot s’applique donc à l’accompagnement du mourant afin de diminuer ses souffrances physiques et psychiques jusqu’à son dernier souffle. Le chrétien ne peut qu’être en phase avec cette définition originelle qui fait transparaître des notions d’empathie, de compassion, d’amour du prochain, etc. sans pour autant outrepasser ses attributions et prendre des décisions qui ne reviennent qu’à Dieu, en particulier donner la mort.

 

vieillard-hopitalLa définition contemporaine du terme euthanasie correspond à un homicide accompli à la demande expresse du malade. C’est à cette définition que nous allons nous référer dans la suite de notre exposé.

Il faut donc bien différencier l’euthanasie qui consiste à « faire mourir » intentionnellement, du « laisser mourir » qui consiste à accompagner le patient en fin de vie en essayant de le soulager, sans qu’il y ait intention de lui donner la mort et en évitant l’acharnement thérapeutique.

Cet accompagnement du mourant est parfois qualifié à tort « d’euthanasie passive ». Je pense qu’il s’agit d’un terme impropre qui porte à confusion.

Les militants pour et contre l’euthanasie s’accordent à vouloir soulager les souffrances du patient en fin de vie. La multiplicité des traitements médicaux actuellement disponibles permet de pallier la plupart des souffrances. L’utilisation de l’euthanasie comme solution ultime ne devrait donc pas se poser.

Cependant, pour les militants en faveur de l’euthanasie, il ne s’agit pas seulement de soulager les souffrances, mais d’avoir également la possibilité de mourir dans la « dignité ».

 

 

Redéfinir la notion de dignité

 

Dans notre société actuelle, la dignité correspond à l’image que l’on a de soi. L’individu ne peut supporter son propre regard ni celui des autres sur sa dégradation physique et psychique. Il désire garder une image « digne » jusqu’à la fin. Il veut garder la maîtrise de lui-même et refuse la perte d’autonomie et la dépendance.

Il pense ainsi perdre son humanité lorsqu’il se dégrade physiquement et psychiquement. L’image qu’il a construite de sa personne tout au long de sa vie lui paraîtra dénaturée et il craint de laisser aux générations futures une image qui n’est pas digne de lui (orgueil de l’image de soi).

C’est ce sentiment de perte de « dignité », et même parfois « d’humanité », qui peut conduire certaines personnes à demander l’euthanasie.

 

 

Valeurs chrétiennes et dignité humaine

 

Tout d’abord, le chrétien croit que l’homme a été créé à l’image de Dieu. Dès sa conception, il a une place à part dans la création, au-dessus de toute créature terrestre. Son humanité vient donc de sa ressemblance à Dieu (Gn 1.26-27).

 

Par ailleurs, le chrétien croit que chaque vie humaine a une valeur infinie. Elle a la valeur de Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, que Dieu aime de toute éternité et qu’il a donné en sacrifice pour chacun d’entre nous. Et ce, quelles que soient nos capacités intellectuelles ou physiques, ou quel que soit notre niveau de dépendance.

 

Pour Dieu, la valeur, la dignité et l’humanité d’une personne ne se mesurent pas à ses capacités physiques ou intellectuelles, mais à la valeur qu’il lui a donnée. Par ailleurs, Dieu lui-même nous rappelle dans les Écritures que la vie est sacrée et que lui seul a le droit de donner ou de reprendre la vie. Sachez donc que c’est moi qui suis Dieu et qu’il n’y a pas d’autres dieux près de moi : je fais vivre et je fais mourir… (Dt 32.39) De plus, le sixième commandement, tu ne tueras point, nous rappelle que le meurtre, même s’il est consenti, n’est pas autorisé.

 

La Bible se positionne donc clairement contre l’euthanasie. Cependant, faut-il laisser la liberté au non-chrétien de faire son propre choix ? Le libre arbitre est une notion fondamentale dans la Bible. Dieu nous laisse une grande liberté de décision personnelle. Il nous permet d’accepter ou de refuser le salut, et, pourquoi pas, de choisir l’euthanasie s’il s’agit d’une décision strictement personnelle qui n’implique pas un tiers.

 

 

On peut opposer des arguments à ce type de raisonnement

 

Inévitablement, l’euthanasie fait intervenir une tierce personne qui commet alors un meurtre. On peut donc s’opposer à l’euthanasie parce qu’on s’oppose au meurtre.

Et surtout, on ne peut pas éluder la question des dérives de l’euthanasie simplement en faisant valoir qu’elle est encadrée de manière stricte par la loi.

On sait très bien que celle-ci est amenée à être modifiée progressivement.

Si on autorise l’euthanasie volontaire sous prétexte que chacun a le droit de faire le choix de mourir dans la dignité, on peut redouter le déplacement progressif des règles qui l’encadrent, vers une euthanasie involontaire et imposée.

Par exemple, la société pourrait considérer que les personnes présentant un handicap mental profond ou celles atteintes d’une pathologie neurodégénérative du type Alzheimer sont des personnes qui ont perdu toute dignité et toute humanité au point de ne pas pouvoir elles-mêmes faire un choix éclairé quant à leurs conditions de fin de vie.

Par ailleurs, même si l’euthanasie volontaire paraît être un choix personnel et réfléchi, on peut se demander s’il ne peut pas être influencé par la pression de l’entourage et de la société : « Je ne veux pas être une charge pour mes enfants ou pour la société », etc.

Cette pression peut s’intensifier en raison de l’égoïsme et de l’individualisme croissant dans notre société, mais aussi en raison des coûts de plus en plus importants liés à la fin de vie. Elle peut amener des personnes fragiles et en état de faiblesse à demander une euthanasie « volontaire » qui serait en fait imposée par sa mise à l’écart et par la culpabilisation d’être une charge.

 

Le chrétien a la responsabilité de faire entendre sa voix et de proclamer la vérité dans cette société qui rejette Dieu. Il ne devra pas se contenter de s’opposer à l’euthanasie. Avec l’aide de Dieu, il aura la lourde tâche d’accompagner la personne en fin de vie et de lui apporter une espérance qui se prolonge au-delà de la mort physique.

 

D.T.