Introduction à l’Ancien Testament

 rouleau

Par Marcel Reutenauer

Reutenauer

 

Dans le cadre d’un texte de quelques pages, il est bien sûr impossible de relever toutes les considérations intéressantes qui concernent l’Ancien Testament1. Que cet article serve simplement de boussole pour orienter le chercheur qui aura envie d’aller plus loin dans sa découverte de la révélation progressive de Dieu à l’humanité.

 

 

 

LA FORMATION DE L’ANCIEN TESTAMENT

 

iconePDFL’A.T. est composé de 39 écrits sacrés reconnus par les Juifs. À l’exception de quelques passages en araméen (Dn 2.4 – 7.28 ; Esd 4.8 – 6.18 ; 7.12-26 ; Jr 10.11) il a été écrit en langue hébraïque. Mais dans le N.T., c’est surtout selon la version en grec, dite des Septante2, que l’A.T. est cité. Le Canon de l’A.T. s’est constitué à partir d’écrits très anciens. Selon la tradition juive, Esdras aurait réuni des savants juifs (la Grande Synagogue) au retour de l’exil pour arrêter la liste des écrits reconnus comme sacrés. Étant donné que parmi les manuscrits de la Mer Morte trouvés à Qûmran figurent des parties de tous les livres du Canon actuel, à l’exception du livre d’Esther, on peut penser que le Canon de l’A.T. était constitué dès le 4ème ou 3ème siècle av. J.-C.

Mais ce n’est qu’en 90 ap. J.-C. que des rabbins, réunis en concile à Jamnia, arrêtent le Canon définitif. Il s’agissait en effet de confirmer des livres contestés :

  • le livre d’Esther, parce qu’il ne mentionne pas le nom de Dieu ;
  • le Cantique des Cantiques à cause de la sensualité de certains passages ;
  • les Proverbes et l’Ecclésiaste paraissant appartenir à la sagesse humaine.

 

L’ordre des livres du Canon juif est différent de celui que nous connaissons dans les versions les plus répandues dans les milieux évangéliques, les prophètes étant regroupés avant les Psaumes, Proverbes et Job, eux-mêmes suivis par les « 5 petits rouleaux » : Cantique des Cantiques, Ruth, Lamentations de Jérémie, Ecclésiaste et Esther. Ces derniers sont lus lors des fêtes annuelles.

Il faut mentionner ici que l’Église catholique romaine maintient dans le canon3 sept livres supplémentaires, les apocryphes ou deutérocanoniques : Tobie, Judith, Sagesse de Salomon, Ecclésiastique ou Siracide, Baruch, 1 et 2 Macchabées.

 

La critique textuelle consiste à rechercher le caractère de fidélité et de véracité des textes qui nous sont parvenus au travers des siècles. La comparaison avec les fragments de papyrus, parchemins, traductions diverses – qui sont d’ailleurs plus nombreux que pour n’importe quel ouvrage d’auteur de l’Antiquité – permet d’affirmer que le texte de l’A.T. que nous avons entre les mains ne comporte que des différences minimes par rapport à l’original. Ceci s’explique par le grand soin des scribes face au texte sacré.

 

Notre foi en l’autorité et l’inspiration verbale de la Bible peut donc pleinement s’appuyer sur le texte que nous possédons aujourd’hui.

 

 rouleau-2

CONTENU DE L’ANCIEN TESTAMENT

 

Le Pentateuque

 

Les juifs appellent les 5 premiers livres de la Bible « Torah » ou « Loi de Moïse ». Ils sont considérés comme un ensemble dont Moïse est l’auteur selon la tradition.

 

  • La Genèse est le livre des commencements : origine de la vie ; déchéance de l’homme ; origine d’Israël ; alliances avec Adam, Noé, Abraham ; élection de Jacob-Israël.

 

  • L’Exode raconte l’histoire de l’esclavage du peuple d’Israël en Égypte et sa délivrance. Cette première partie de la marche dans le désert est marquée par l’alliance du Sinaï, le don de la Loi et l’instauration du culte.

 

  • Le Lévitique parle de l’organisation du culte rendu à Dieu. Autour du leitmotiv « vous serez saints, car je suis saint »4, sont prescrits les sacrifices, le rôle des lévites, les fêtes, les règles de pureté, etc.

 

• Le livre des Nombres raconte la suite de la pérégrination dans le désert. À cause des faiblesses et des égarements du peuple, l’entrée dans le pays de Canaan sera retardée de 40 années. Le récit se termine par le  rassemblement dans le pays de Moab et les préparatifs de l’entrée en Canaan.

 

• Le Deutéronome est consacré au rappel de la Loi et aux instructions pour l’entrée dans le pays promis sous la forme de quatre « discours » : rappel historique (1.1 – 4.43) ; lois religieuses et civiles (4.44 – 26.19) ; renouvellement de l’Alliance (27.1 – 30.20) ; nomination de Josué, adieux de Moïse et prophéties (31.1 – 33.29). Le livre se termine par le récit de la mort de Moïse.

 

Livres historiques

 

Il s’agit des livres de Josué, Juges, Ruth, I et II Samuel, I et II Rois, I et II Chroniques, Esdras, Néhémie. Ils font le récit de l’entrée dans le pays promis, de la conquête, de la grandeur puis de la décadence de la royauté qui aboutit à la division entre Israël et Juda suivie de la défaite et de la captivité. Esdras et Néhémie relatent les étapes du retour de l’exil et de la reconstruction. Le livre d’Esther a une place particulière : Esther (juive) accède au trône de l’empire persan. Les Juifs, menacés d’extermination par un décret du grand vizir Haman, sont sauvés par l’intervention d’Esther et de son oncle Mardochée. Une fête appelée Pourim commémore annuellement cet événement. C’est la seule fête non instituée par Dieu.

 

Poésie et Sagesse

 

Cette section comporte : Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des cantiques. Ces livres qui enseignent la Sagesse, sont très différents par leur style : histoire (Job), chants et prières (Psaumes), sentences (Proverbes), réflexion philosophique sur la condition humaine (Ecclésiaste), allégorie de l’amour de Dieu pour son peuple au travers du récit de l’amour de Salomon pour la Sulamite (Cantique des cantiques).

 

Prophètes

 

Il s’agit des livres d’Ésaïe, Jérémie, Lamentations de Jérémie, Ézéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habakuk, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie.

 

  • Daniel a la particularité de raconter son vécu et celui de ses compagnons à la cour de Nebucadnetsar puis de celle de Darius (Dn 1-6) avant de relater ses visions concernant les temps à venir. Par similitude, le canon juif range le livre de Daniel dans la même catégorie qu’Esdras et Néhémie.

 

  • Jonas est un prophète qui, chargé de l’appel à la conversion d’un peuple étranger, prend d’abord la fuite. Mais lorsqu’il obéit et se met à prêcher, le peuple de Ninive s’humilie et se tourne vers Dieu. Malheureusement son succès ne durera pas : le prophète Nahum sera chargé, un peu plus d’un siècle après Jonas, d’annoncer la destruction de Ninive, retombée dans l’infidélité.

 

  • Ces prophètes sont contemporains de la période de la royauté et de l’exil dont les péripéties sont régulièrement citées en rapport avec le message délivré par les prophètes. L’ordre de leur classement dans le canon n’est pas chronologique, leurs ministères sont quelquefois concomitants. Ainsi, Abdias, Joël, Jonas, Amos, Osée, Michée, Ésaïe ont exercé leur ministère à la période assyrienne. Sophonie, Nahum, Habakuk et Jérémie ont vécu à la période babylonienne. Ézéchiel, Daniel, Aggée, Zacharie et Malachie sont les prophètes de l’exil et de la restauration. 

 

  • Nous trouvons de magnifiques tableaux de la révélation de la gloire de Dieu (Es 6.1-8 ; Ez 1), mais surtout de sévères avertissements à Juda, à Israël et aux peuples alentours annonçant le jugement de Dieu contre l’infidélité à son égard. La sanction pour Israël et Juda sera l’exil à Babylone.

 

  • Un schéma constant revient dans le message des prophètes : dénonciation de l’infidélité, annonce du jugement, appel à la repentance, condamnation des rebelles, pardon et rétablissement d’un reste fidèle.Ésaïe comporte de nombreux passages annonçant Jésus, le Messie : Es 7.1 à 9.6, appelé « Le livre de l’Emmanuel » ; Es 11 à 12 parle du règne du rejeton d’Isaï ; Es 49 à 57 dont le chapitre 53 est très connu, décrit la gloire du serviteur souffrant.

 

  • Tous annoncent « le Jour de l’Éternel » où Dieu jugera la terre et établira son règne.

 

 

ENSEIGNEMENTS DE L’ANCIEN TESTAMENT

 

  • Le début de la Genèse nous révèle l’ordre créationnel établi par Dieu,

 

  • Les lois cultuelles, en particulier la description du Tabernacle et du service des prêtres, nous instruisent sur les conditions de la relation avec Dieu et éclairent le rôle de Christ (Hé 4.14-16),

 

  • Le récit des pérégrinations du peuple d’Israël, de sa délivrance de l’esclavage en Égypte à l’entrée dans le pays promis, est symbolique de la marche chrétienne,

 

  • Les citations de l’A.T. par Jésus luimême et par les apôtres attestent de la véracité et de l’inspiration des Écritures,

 

  • Les vérités spirituelles que Jésus a enseignées sont illustrées par les événements cités dans l’A.T. (par exemple : Jean 3.14-15). … et la liste est longue ! Même les listes généalogiques, qui nous paraissent si rébarbatives, contiennent des perles rares ! L’Ancien Testament constitue le socle de la révélation divine qui culmine avec l’incarnation de Jésus-Christ, Fils de Dieu qui s’est fait homme pour accomplir la réconciliation entre le Créateur et sa créature.

 

 

M.R.

 


 

NOTES

 

 

1. Pour une étude approfondie de ce thème, on pourra se référer aux nombreux dictionnaires et encyclopédies bibliques à notre disposition. Pour un ouvrage de référence, voir : Introduction à l’Ancien Testament, Gleason L. ARCHER, Éditions Emmaüs, 1978, 640 pages.

 

2. La traduction de la Torah aurait été réalisée par 72 (septante-deux) traducteurs à Alexandrie, vers 270 av. J.-C., à la demande de Ptolémée II.

 

3. Le concile de Trente (1546) a promulgué la canonicité de ces écrits.

 

4. Lv 11.44-45 ; 19.2 ; 20.7 ; 20.26